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… l’art de travestir l’info … est-ce dans sa fonction ou sous pression ? Toujours est-il qu’il ne faut jamais -JAMAIS- prendre l’info des médias au 1er degré sans l’avoir recoupé.

Un article de Samuel Gontier dans « Télérama » sous le titre « Sur France 2, le meilleur de la non-information » a attiré notre attention

Des 20 heures de FR2 fabriqués avec des micro-trottoirs  très sélectifs venant de toute la France se sont évertuer à non-informer. Un grand succès.

« Bonsoir à tous, voici les titres de l’actualité de ce vendredi 28 août », salue Thomas Sotto sur France 2. « La petite boule dans le ventre pour les enfants avant de reprendre l’école, c’est normal. » En voilà de l’actualité. « Mais cette année beaucoup d’adultes l’ont aussi. Le Covid omniprésent rend la rentrée stressante. Nous vous dirons comment faire face. » Le service public est trop bon, il va nous donner des recettes miracles pour lutter contre le Covid dans un sujet intitulé « Stress de la rentrée : comment rester zen ? »

Thomas Sotto développe ses titres. « Les valises à peine défaites et vous voilà déjà stressés. Vous trouvez vos collègues tendus… » Fichus collègues. « … Vos enfants vous inquiètent… » Maudits enfants. « … Vous appréhendez la rentrée scolaire… » Satanée rentrée. « Rassurez-vous, vous n’êtes pas seuls. C’est même un sentiment assez partagé. » Pour le prouver – et ouvrir un JT avec des informations solidement étayées –, rien ne vaut un micro-trottoir.

Ou plutôt un micro-jardin. Réalisé dans le parc André-Citroën, qui présente l’avantage de se situer à quelques centaines de mètres de l’immeuble de France Télévisions. « Il paraît bien sombre, cette année, le tableau de la rentrée, placé sous un signe particulier : l’inconnu, attaque la grande reporter du bout de la rue. Voilà ce qui fait peur à bien des Français, tous âges confondus. » Hasard ou coïncidence, un Français tous âges confondus, allongé sur l’herbe tendre, confirme : « C’est l’inconnu. On se demande comment vont se passer les six prochains mois. » Certainement pas à se prélasser dans le parc André-Citroën. Son charmant enfant renchérit : « Je n’ai pas envie que le Covid prend plus d’ampleur. » Il n’en prendra jamais autant que le 20 heures de France 2.

La reporter de l’extrême fait monter la pression au moyen d’une ardoise anxiogène : « L’école, source d’angoisse pour les parents. » Une maman en balade confirme : « On a peur que les écoles ferment. » Cela ne saurait empêcher la téméraire reporter de poursuivre sa périlleuse enquête. « Inquiétude aussi chez les enseignants et leurs élèves. » Pour preuve, un charmant enfant déplore : « On peut pas se toucher. – C’est embêtant ? – Oui, on peut plus jouer à chat. » ALERTE INFO EXCLUSIVITÉ FRANCE 2 : ON NE PEUT PLUS JOUER À CHAT.

La reporter ne s’arrête pas là. « Et le travail dans tout ça ? Y retourner n’est pas sans obstacle. » Un employé de la grande distribution dit craindre les trajets en métro. Qu’à cela ne tienne, France 2 a trouvé le moyen de résoudre la crise sanitaire. « Cette psychologue conseille de se projeter mentalement dans les situations compliquées qui peuvent vous arriver. » La psychologue en question, Hélène Romano, a l’habitude de se projeter physiquement sur les plateaux télé. « Une manière de dompter l’angoisse. » Et d’éradiquer le coronavirus. « Alors regardez, on a essayé. » Miracle : « Voilà ce que cet élève de CE1 projette pour sa rentrée. » Il a dessiné un smiley béat sur l’ardoise tendue par l’intrépide reporter. « À nous de l’imiter. » Pas de souci, je vais rédiger des articles en smileys comme Frédéric Beigbeder écrit des romans.

 « Et pour ne rien arranger, se désole Thomas Sotto, il y a ce masque que l’on doit désormais porter comme une seconde peau. Écoutez : même le chef de l’État semble le subir. » Pauvre chef de l’État. « Les gestes barrières, déclare-t-il, nous qui sommes plutôt un peuple latin, ne sont pas naturels dans nos habitudes. » Dans nos habitudes, on s’étreint frénétiquement dans les rames de métro bondées.

« Gênant, pénible mais obligatoire », résume Thomas Sotto à propos du port du masque. L’occasion d’un nouveau micro-trottoir dans les rues de la capitale. Une reporter paraphrase le général de Gaulle à la Libération : « Paris masquée mais Paris déboussolée. » Et martyrisée par les règles sanitaires. Bien que la mairie ait obtenu de la préfecture que le port du masque ne soit pas obligatoire pour les déplacements à vélo, une cycliste revendique : « Je me dis qu’il faut le garder un peu. » En effet, elle le garde sur la bouche mais pas sur le nez, un moyen terme des plus efficaces.

 « En France, reprend Thomas Sotto, il faut appliquer le principe de précaution avant de savoir si ça sert à quelque chose ou pas. » Si le port du masque servait à quelque chose, ça se saurait. « De tous ces sujets, il a été question cet après-midi entre Emmanuel Macron et ceux que l’on appelle les journalistes de la presse présidentielle. Ce sont ceux qui suivent l’actualité du chef de l’État. » Et qui la relaient avec fidélité, telleValérie Astruc : « Vous en faites partie, vous avez passé deux heures dans un restaurant du 16e arrondissement de Paris ». Rude épreuve. « Le chef de l’État a parlé du coronavirus mais aussi d’insécurité, et il était particulièrement attendu sur ce sujet. » Par les experts des chaînes info.

L’envoyée spéciale dans le 16e arrondissement rapporte : « Emmanuel Macron a déploré une banalisation de la violence qui s’est durcie depuis la sortie du confinement. » La banalisation s’est durcie, c’est certain. Surtout à la télé. « Banalisation contre laquelle il se veut intraitable. » Attention, la banalisation va morfler. « D’ailleurs, il annonce un grand discours sur le sujet la semaine prochaine lors des 150 ans de la République. » Pas de doute, avec ce discours épousant un thème d’extrême droite, la République repartira pour cent cinquante ans de plus.

« Bonsoir à tous, voici les titres de l’actualité de ce samedi 29 août, salue Thomas Sotto le lendemain. Le Tour de France, malgré le virus, malgré la pluie aussi… Les 176 coureurs ont bouclé la première étape à Nice. » Voilà une ouverture de JT beaucoup plus audacieuse qu’un micro-trottoir au parc André-Citroën. « Il est en retard, il est particulier, développe le présentateur, il est peut-être moins insouciant mais il est bien là : le Tour de France. » Pour le prouver, rien ne vaut un micro-trottoir auprès des enthousiastes spectateurs moins insouciants.

 « Bonsoir à tous, voici les titres de l’actualité de ce dimanche 30 août, trompette Thomas Sotto le lendemain. La victoire d’étape, le maillot jaune et beaucoup d’émotion pour Julian Alaphilippe. » Tant d’émotion, en ouverture du 20 heures, c’est une révolution. « Le cycliste français s’est imposé à l’issue de la deuxième étape du Tour à Nice. » Ça vaut bien la peine de lui consacrer la première page du journal – et de réaliser un micro-trottoir pour recueillir la joie de ses supporters : « Le public niçois a apprécié. » « On reviendra sur ce Tour qui commence bien un plus tard dans ce journal », promet le présentateur du journal qui commence bien.

Thomas Sotto aborde l’autre actualité du jour en citant l’interview du ministre de l’Éducation au Journal du dimanche : « “Nous sommes préparés à tout”, déclare Le ministre de l’Éducation à l’avant-veille du retour à l’école. » Il est même préparé à révolutionner le JT de France 2. « Après-demain, ils seront, vous serez 12,4 millions à retourner en cours avec plus ou moins de plaisir, visiblement. » L’occasion d’un nouveau micro-trottoir auprès des premiers concernés, les élèves de primaire, subtilement sollicités par une question à visée pédagogique. « Tu peux m’épeler le mot “école” ? » Les chérubins s’efforcent de l’épeler, c’est trop mignon.

Une charmante enfant s’enthousiasme : « Je suis contente d’y retourner. » Un charmant enfant déplore : « J’suis un petit peu triste parce qu’on peut plus jouer à loup. » ALERTE INFO EXCLUSIVITÉ FRANCE 2 : EN PLUS DE NE PLUS POUVOIR JOUER À CHAT, ON NE PEUT PLUS JOUER À LOUP. Une charmante enfant regrette : « Avant, on pouvait se faire des câlins. » Notez comme la répartition genrée est soigneusement respectée : les garçonnets jouent à chat (ou à loup) tandis que les fillettes font des câlins.

 « C’est une rentrée à géométrie et à contraintes variables qui s’annonce, reprend Thomas Sotto. Alors, en famille, on se prépare tant bien que mal. » L’occasion d’un nouveau micro-trottoir – ou plutôt d’un micro-appartement puisque celui-ci est réalisé au domicile des enfants. « Pour Sarah ,13 ans, et sa sœur Hannah, 10 ans, toutes les deux au collège, ce sera masque obligatoire. » Collégiennes masquées, collégiennes martyrisées, mais collégiennes libérées.

En revanche, « pas de masque pour Nawelle et Shahina qui rentrent en primaire. Il faudra se laver les mains et rester loin des copines. Et ça, ça ne sera pas facile. » De même qu’il ne sera pas facile pour les garçons de ne plus jouer à chat. « Et finie la bise aux copines. » Heureusement, Jean-Michel Blanquer a tout prévu : « Ce sera le “check”. D’ailleurs, c’est bien plus rigolo. » La rentrée sera rigolote… Bravo France 2 pour cette info à haute valeur ajoutée.


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Notre avis : Samuel Gontier le rédacteur de cet article est un spécialiste des critiques des médias radio télévisuels. Même si ses dires peuvent être contestables, il reste pas moins vrai que l’information distillée par les médias, s’attache d’abord à présenter l’événement faisant du buzz sans jamais expliquer les causes exactes. La raison en est simple, expliquer c’est dévoiler un certain nombre de faits entrant dans les décisions de quelques politiques.

Relatée dans un court reportage les difficultés rencontrées par les familles ne pouvant se rendre auprès de leurs parents résidants en EHPAD est une chose… expliquer les difficultés rencontrées par les gestionnaires de ces établissements pour recruter du personnel sous payé ou plus pernicieux expliquer que le gestionnaire entend améliorer le rendement financier des actionnaires est une toute autre information que l’ensemble de la population doit découvrir

Oui l’information est nécessaire, encore faut-il qu’elle soit recoupée, analyser par chacun d’entre nous. MC