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… c’est ça leur « plan de relance économique » … ce n’est que, plus d’aide aux actionnaires pour boursicoter et pour casser les emplois a court terme …

Annoncé ce jeudi, le plan de relance constitue surtout la poursuite de la politique de l’offre du quinquennat Macron. De vraie « relance », il n’en est pas réellement question. […]

L’emballage du « plan de relance » annoncé ce jeudi 3 septembre et baptisé « France Relance » est, d’apparence, scintillant.

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Sur le plan économique et dans le détail, l’affaire est très différente. 

Rappelons la situation actuelle : comme on pouvait l’anticiper, le rebond qui a suivi le gel de l’économie marchande pendant le confinement s’essouffle. L’activité semble se stabiliser à un niveau inférieur à celui de l’avant-confinement où elle n’était déjà guère vaillante. Les deux éléments clés de la reprise sont la demande extérieure et le moral des ménages.

Dans une économie comme la France, ce dernier élément est crucial. Si les ménages décident de compenser l’impossibilité de consommer du confinement, alors le secteur des services, le plus touché par le confinement pourra traverser la crise. Si ce n’est pas le cas, alors les entreprises devront ajuster leur offre à la demande, réduire leurs investissements et leurs bases de coûts. Donc licencier.

L’enjeu est donc que les ménages qui ont épargné pendant le confinement réduisent cette épargne. Mais la dernière livraison d’août du moral des ménages de l’Insee publiée le 26 août n’est guère optimiste de ce point de vue. L’opportunité d’épargner continue de progresser celle de réaliser des achats importants se dégrade.

Bref, les consommateurs sont sur la défensive et cela se comprend fort bien : les annonces de plans sociaux se multiplient, les risques de chômage partiel avec perte de salaires se confirment et la pandémie fait planer un risque permanent de nouveau confinement.

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« La France n’a pas de problème de demande », avait proclamé devant l’Assemblée nationale en juillet le ministre de l’économie, des finances et de la relance Bruno Le Maire. Il n’y aura donc pas de plan de relance de la consommation, pas de renforcement des transferts sociaux ni de développement de l’emploi public (Emmanuel Macron a rejeté l’idée notamment d’embaucher plus d’enseignants, malgré les besoins). Tout cela laisse pantois.

Ce choix a deux conséquences très claires sur le plan social.

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La relance ne passera donc pas par la relance de la consommation et notamment des plus fragiles. Bien au contraire, ces derniers resteront sous la menace des réformes gouvernementales de l’assurance-chômage et du marché du travail. Ils devront faire avec ces risques, ce qui ne les incitera guère à la dépense.

La conséquence, c’est que, bien évidemment, il n’y a aucune raison objective, sauf une croyance aussi aveugle que celle du gouvernement dans la politique de l’offre, d’être rassuré sur l’avenir lorsqu’on est un ménage moyen français. Puisqu’il n’existe aucune incitation à consommer, il y a fort à parier que la demande va demeurer trop faible à l’avenir.

La stratégie du gouvernement est de considérer que l’urgence est à l’aide aux entreprises. En soutenant ces dernières, en les inondant d’argent public, d’aides diverses et de subventions, elles devraient investir et non seulement maintenir mais encore accroître le volume d’emplois. Dès lors, les ménages pourront en toute quiétude, réduire leur épargne.

C’est une vision assez naïve, car elle suppose que les débouchés existent pour ces entreprises, en France comme à l’étranger. Une telle stratégie, sans soutien à la demande, pourrait bien se révéler inefficace. Au reste, les trésoreries des entreprises débordent déjà. Si elles voulaient investir, elles le pourraient. Et si elles ne le font pas, c’est bien parce qu’elles n’en voient pas l’opportunité réelle et qu’elles redoutent l’avenir. Il est peu probable que des aides publiques ou des subventions supplémentaires lancées dans tous les sens changent cette situation.

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Romaric Godin- Médiapart. Titre original : «Un «plan de relance» en trompe-l’œil ». Source (Extrait)