Les détails de l’offre déposée par l’électricien ont été diffusés « par erreur » sur le site du régulateur.
Cet étrange ballet a intrigué les meilleurs spécialistes des énergies renouvelables. Le 19 juin, vers 21 heures, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) publie sur son site le résultat de l’appel d’offres pour un parc de 46 éoliennes marines au large de Dunkerque.
Tiens, c’est encore l’électricien tricolore qui l’emporte, devant sept concurrents internationaux, avec un prix de 44 euros par mégawattheure produit. Un tarif trois fois inférieur à celui des six parcs d’éoliennes prévus dans la Manche et dans l’Atlantique (« Le Canard », 8/5).
D’où vient un tel souffle ?
Le rapport de 24 pages publié par la CRE livre des détails fort instructifs sur l’offre du lauréat EDF. Mais, ô surprise ! quelques heures après sa mise en ligne, une nouvelle version de… 21 pages apparaît sur le site. Les trois dernières, apportant des précisions sur l’évaluation d’EDF, ont disparu ! Soufflées par une bourrasque ?
Que nenni.
Le 21 juin, dans l’après-midi, les trois pages réapparaissent dans une nouvelle version du rapport. Cette fois, cependant, les simulations de prix du candidat ont été retirées du graphique et les commentaires assassins de la CRE ont été expurgés. A la place des passages biffés, le régulateur a inscrit : « confidentiel ». La porte-parole de la CRE invoque « une mise en ligne trop rapide avec des éléments qui n’auraient pas dû être diffusés ». La direction juridique de l’autorité de régulation aurait exigé un rétropédalage. Après avoir reçu une soufflante d’EDF ?
Que du vent ?
Tombé dans le bec du Palmipède, le rapport originel s’avère en effet très gênant pour l’électricien. EDF y prétend qu’il reversera 1,5 milliard d’euros à l’État dans le cadre du complément de rémunération sur vingt ans. En clair : quand le lauréat vendra, sur les marchés, son électricité éolienne au-dessus des 44 euros fixés dans son offre, il restituera la différence à l’État. S’il vend au-dessous du prix fixé, l’État le subventionnera. Mais la CRE estime que le chiffre de 1,5 milliard est très exagéré. Une grosse vantardise destinée à emporter le morceau ?
« Le candidat prévoit des prix de marché notablement plus hauts que les scénarios de prix retenus par les pouvoirs publics », indique le rapport initial de la CRE. Selon les évaluations du régulateur, EDF ne pourra restituer à l’État plus de 266 millions d’euros sur vingt ans… ou pourrait même se voir verser une subvention de 540 millions d’euros sur la même période. Et la CRE de s’étonner : « L’évaluation réalisée par le candidat est très favorable au budget de l’État ».
Ce petit commentaire a disparu du document final. Cela méritait bien d’être classé « confidentiel-défiance » …
Jérôme Canard. Le Canard enchaîné. 26/06/2019
On gagne sa vie comme on peut.