Depuis quelque temps, le conformisme dominant nous répète en effet ce credo : nous vivrions dans une société pacifiée qui aurait civilisé les rapports entre les sexes. Dans cet esprit, les agressions et harcèlements, que des militantes et élues du parti vert disent avoir subis de la part d’un de leurs leaders, Denis Baupin, ne seraient qu’une exception, ou une preuve de la difficulté du monde politique à accorder une place décente aux femmes.
Certes, ce milieu à haute concentration de testostérone, comme celui du sport et de la finance, favorise l’entre-soi des mâles et fait monter la tension. Echauffés par les projecteurs, encouragés par l’habitude d’être courtisés, peut-être atteints par le délire de toute-puissance, les hommes politiques céderaient plus facilement à leurs pulsions et à la tentation de considérer les femmes comme du gibier.
Pour vibrer à l’unisson, Donald Trump triomphe outre-Atlantique en rivalisant d’invectives machistes et se frappe la poitrine en étalant son tableau de chasse.
Que le parti EELV soit aujourd’hui en première ligne est particulièrement choquant pour un mouvement qui prétend s’illustrer en défenseur du droit des femmes et dont les dirigeants donnent des leçons de morale à la France entière. Il n’est hélas pas le seul. La misogynie n’a pas de partis ni de frontières.
Régression fondamentale
Mais on aurait tort de limiter ce phénomène au petit monde de la politique. Il a, hélas, une tout autre ampleur. Partout, aujourd’hui, nous assistons à un formidable retour de bâton, à une régression fondamentale qui ne dit pas son nom. Une culture hégémonique, qui emprunte les codes et le discours trompeur du porno, prône de nouveau la soumission des femmes.
Ouvrez -Internet.
En un clic, on accède à des milliers d’images montrant des scènes où des jeunes filles effarées sont » punies » à coups de sexe mâle : le propos de la nouvelle pornographie, ce n’est plus la sexualité, mais bel et bien l’humiliation des femmes.
Branchez la télévision : elle déborde de spots publicitaires sexistes où on réhabilite la femme-objet au sexe toujours disponible.
Feuilletez un magazine pour adolescentes : il n’est question que du plaisir prioritaire des garçons, des dix recettes pour les rendre fous d’excitation…
A l’opposé, croit-on à tort, on entend des prêcheurs crier leur dégoût de la chair et de la nudité ; on voile, on dissimule, on efface les silhouettes des femmes, contraintes de raser les murs comme des fantômes et on voit des marques de prêt-à-porter proposer complaisamment des collections » pudiques » pour gommer les formes féminines.
Les uns au nom d’une prétendue libération, les autres au nom de la tradition, pornographes et dévots partagent une même haine des femmes et les prennent en tenaille. Partout, le mâle dominateur reprend du poil de la bête. Aujourd’hui, le nouveau macho a revêtu les habits du libérateur. Il aime les femmes, les comprend et veut les » libérer « . Il ne cherche plus à les soumettre, seulement les convaincre. Il prétend que le sexisme est un mythe entretenu par des harpies pour affaiblir les hommes.
Le macho nouveau est un altruiste : il veut le bien des femmes. Il défend leur cause. Le député Baupin ne militait-il pas contre les violences faites à ces dernières ? De quoi s’agit-il en réalité ? De politique ? De religion ? De mœurs ? Non, d’une histoire qui remonte à la nuit des temps : l’obsession de contrôler le corps des femmes.
A toutes les époques, la pulsion sexuelle masculine a été considérée comme irrépressible et prioritaire. A toutes les époques, le ventre de la femme a été le territoire de l’homme (le lieu de la gestation, donc de la filiation)… On oublie combien la lutte fut longue pour que les femmes obtiennent la libre disposition de leur corps, pour qu’elles le soustraient à l’emprise des prêtres, pères et maris, et pour qu’elles affirment leur droit au plaisir.
Ce que nous dit l’épiphénomène Baupin, ce n’est pas seulement que la politique est un milieu machiste. Mais que les stéréotypes archaïques ne sont pas morts. Et que contrairement à ce que nous aimerions croire, cette longue marche des femmes n’est pas terminée (et je ne parlerai pas ici du sort de millions de femmes dans le monde violées, violentées, mutilées, lapidées, pour le plaisir ou » l’honneur » des hommes).
Aliénation
Cette culture perverse qui infériorise les femmes dévalorise sournoisement le féminisme, qu’il est de bon ton de dénigrer en le réduisant à ses excès. Par peur de ne pas paraître assez féminines ou d’être enfermées dans le statut dévalorisant des victimes, nombre de jeunes filles minimisent les violences faites à leurs semblables et rejettent le féminisme comme une maladie honteuse. Ainsi, par un curieux renversement de l’Histoire, celui-ci est-il en train de devenir le signe de l’aliénation des femmes !
Il est vrai que les féministes, noyées dans leurs querelles de chapelle, ont déserté la bataille du corps ou se sont fourvoyées dans un néo-puritanisme punitif. Oui, dans nos démocraties, la condition des femmes a énormément progressé. Oui, l’égalité est un principe inaliénable même s’il n’est pas réalisé partout. Oui, en France, une forme de civilité, héritée de la galanterie, apaise heureusement les rapports entre les sexes, et nous cultivons l’amour et la sexualité comme un art de vivre précieux.
Mais on ne saurait ignorer cette contre-révolution sexuelle qui vient, ces innombrables tentatives pour restaurer l’ordre sexuel ancien, des attaques répétées contre le droit à l’avortement aux images d’avilissement qui tiennent lieu, pour les plus jeunes, de triste initiation à la sexualité. Sanctionner les agressions, bien sûr. Mais aussi réagir par l’éducation et la culture, plutôt que par les interdits, tel est le défi que nous ne pouvons esquiver. Les femmes ont tout à y gagner. Et nous, les hommes, aussi.
Simmonet Dominique, Le Monde – Source
Agressions et harcèlements ne sont pas des faits nouveaux. Ils se pratiquent dans tous les milieux sociaux et en tous lieux.
Je dirais que de plus en plus de femmes osent dire ouvertement ce qu’elles subissent de nos jours. Nous avons donc le sentiment que ce sont des actes qui explosent, mais ce n’est pas vrai.
Une autre vérité est, moins connu mais bien réel, le harcèlement des femmes sur la gente masculine…
Moins connu le harcelement des femmes sur les hommes est une vision féminine que beaucoup de femme traduise par une attitude maternaliste avec certains hommes … qui eux finissent par se croire obliger a certains égares et l’ambigüité s’installe … Complexe l’âme humaine !
N’est-ce-pas alors une façon de nier son attitude ? !
Car l’issue de cette relation est bel et bien un rapport de dominant-dominé, il me semble.
Merci pour exprimer si bien ce que je pense aussi.
Le retour en arrière est effrayant car insidieux et par conséquent peu de femmes en sont conscientes.
Mes filles qui sont de très jeunes adultes le sont et je mise beaucoup sur les garçons de leur génération qui sont pour certains de réels féministes.
Pardon pour les accents mais j’écris de l’autre cote de l’Atlantique.
D’accord sur Trump aussi by the way.
Merci pour ce « post » en espérant de recueillir vos sentiments de la situations de l’autre coté de la piscine (un peu grande) qu’est l’atlantique
Je viens juste de découvrir votre blog et je le trouve super intéressant. Sur le sujet femmes et égalité, il y a des lois implantées plus tôt qu’en France aux USA et en entreprise les plaintes sont prises au sérieux. Ça ne veut pas dire que le problème soit complètement derrière nous. Mais d’une façon générale la rue est moins agressive qu’elle ne l’est en France. Ce serait trop long de m’étendre davantage par l’intermédiaire d’un commentaire. Je pense que nous avons progressé énormément ici et c’est pour cela que nous devons être vigilants dans cette période pré élection présidentielle avec des candidats qui me semblent trop enclins à embrayer en marche arrière. De nouveau très bon billet de votre part.
Merci pour votre commentaire … malheureusement je ne suis pas bilingue et ne pourrais suivre vos post en Anglais. Cordialement
Ça ne m’empêchera pas de lire les vôtres. Oh et je blogue en français aussi. 😊
Bien évidemment je puis aussi faire une traduction via un logiciel mais ce n’est ni fiable ni comprenant l’esprit du texte en générale. Juste une question par curiosité bien sûr, sans donner l’adresse de quel pays « postez » vous ? Cordialement