Que reste-t-il, par exemple, « de gauche » dans le projet qui portera le nom de Mme El Khomri ? Pas grand-chose, à moins de considérer que Pierre Gattaz est communiste.
La réforme du Code du travail, nous dit-on, est d’inspiration social-libérale. Si on voit bien le « libéral », on cherche en vain le « social ». Ce n’est même plus le fameux pâté d’alouette… Se lancer dans une compétition avec François Hollande ou Manuel Valls, c’est donc leur accorder un label que Jean-Luc Mélenchon leur refuse.
Le jugement de Pierre Laurent paraît moins définitif. [Si « primaire » à gauche il y a déclaré espérer y participer]. Certes, il demande « des engagements de gauche » à ceux qui participeraient à une primaire. Ce qu’il appelle un « socle politique partagé ». Et pour le secrétaire national du PCF, il faudrait donc au préalable définir une « plateforme programmatique » qui serait elle-même le fruit d’une consultation nationale. Mais, malgré ces sages précautions, il n’exclut pas complètement de devoir concourir avec François Hollande. Il lui resterait alors un optimisme qu’il a chevillé au corps : « J’ai confiance dans le choix des citoyens de gauche », dit-il.
Dessiner un périmètre qui, pour le dire clairement, aurait pour objectif d’écarter les membres de l’exécutif, c’est aussi la condition posée par Europe écologie-Les-Verts. Mais qui le définirait et comment ? Voilà qui prendrait beaucoup de temps pour un résultat incertain. Le Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a flairé le bon coup. « Oui à une primaire », dit-il, mais sans préalables, ni conditions, et avec tous ceux qui s’autoproclament « de gauche ». Et à l’issue du processus, je ne veux voir qu’une seule tête. Bref, les partisans de la primaire risquent d’avoir à choisir entre le piège et l’usine à gaz…
Ce qui donnerait plutôt raison à Mélenchon. Reste que si le fondateur du Parti de gauche ne parvient pas à obtenir le ralliement des communistes, voire de la gauche des Verts, ou même des frondeurs, et si chacun décide d’avoir son candidat, si les pieds écrasés sont encore trop douloureux, le hussard Mélenchon ira à l’élection « comme on va à l’abattoir », pour reprendre la formule de Pierre Laurent. (…).
Subsiste tout de même une inconnue : les écologistes. Auront-ils leur candidat, avec ou sans primaire ? Certes, Hulot ou Duflot appartiennent à des familles politiques éloignées de Mélenchon, mais leur présence ou leur absence ne sera de toute façon pas sans effet à gauche de la gauche.
Pour l’heure, Mélenchon a pris une longueur [d’annonce] d’avance. Chez Ruquier, il a [d’abord] été convaincant (…). Jusqu’à ce que, soudain… le trou noir. La Russie, Poutine… Les bombes déversées sur des populations civiles en Syrie…
L’homme de gauche applaudit. Les écoles rasées, les hôpitaux de Médecins sans frontières anéantis, il n’y croit pas. Poutine qui frappe l’insurrection plutôt que Daech ? Mensonge ! Mensonge américain ! Complot médiatique international ! (…) Même Georges Marchais avait de moins mauvaises raisons. Au moins, c’était l’URSS…
D’après un Edito de Denis Sieffert –Politis (Extrait) – Source […] ajout de MC