… mais à Nice… coup de pression des barons locaux
Les élections municipales, il y a ceux qui s’en fichent complètement, comme ce restaurateur du port pour qui « tous les politiques sont des escrocs ». Et il y a ceux qui les subissent, comme les journalistes niçois. C’est pourquoi, le 1ᵉʳ décembre dernier, les huit candidats aux municipales étaient invités à venir signer une « charte de respect mutuel » pour s’engager, entre autres, à ne pas « entraver le travail journalistique ».
Un processus inédit en France, qui en dit long sur l’ambiance affligeante qui règne entre politiques et professionnels de l’information dans la capitale azuréenne. « Tous les candidats l’ont signée », nous explique Stevelan Chaizy-Gostovitch, rédacteur en chef de RCF Nice Côte d’Azur et membre du Club de la presse qui a rédigé la charte.
« L’idée derrière cette charte, c’est d’essayer de créer un climat serein afin que l’on puisse effectuer notre travail correctement ».
Mais a quel point cette trêve était-elle nécessaire ? « Il y a des pratiques qui sont courantes ici, mais qui n’existent pas ailleurs en France », nous raconte un journaliste sous couvert d’anonymat. « Tous les journalistes d’ici ont déjà reçu un appel de la part d’un élu, car un mot ne leur plaisait pas dans un papier ».
Boycott, invectives sur les réseaux sociaux, appels rageurs… « On ne peut pas travailler sereinement », résume-t-il. « Cela peut nous inciter à l’autocensure ou à arrondir les angles », se désole un autre journaliste.
D’autant que les politiciens ne se contentent pas de s’énerver contre les journalistes, qu’ils considèrent comme leurs communicants, mais s’arrogent aussi le droit de répandre de fausses informations sur leurs adversaires.
Et si, depuis la signature de la charte, les tensions semblaient s’être dissipées, le naturel est vite revenu au galop. « Les pressions habituelles se poursuivent. Les barons locaux ont trop à perdre pour rester dans les clous », nous écrit un autre journaliste.
Avant de conclure : « Bienvenue à Nice ! »
Lorraine Redaud. Charlie Hebdo 14/01/2026