Les actions…

… déstabilisatrices des Émirats arabes unis ?

Synthèse d’une analyse de Jean-Paul Ghoneim Chercheur associé à l’IRIS


Les ambitions d’Abou Dabi irritent les pays voisins, en particulier l’Arabie saoudite, à cause de son soutien aux FSR au Soudan et aux milices sécessionnistes du CTS au Yémen, ainsi que de son rôle dans le rapprochement entre le Somaliland et Israël.

Cela amène à se poser la question des limites de l’expansion des appétits émiratis qui semblent insatiables

Mohammed Ben Salman et Abou Dabi avaient commencé leur relation sur de bonnes bases. Après sa nomination comme Prince héritier, il a vu l’Émirat comme un mentor. Leur collaboration s’est renforcée en 2015 avec une intervention conjointe au Yémen contre les Houthis. Cependant, la relation s’est détériorée avec la montée en puissance de Mohammed Ben Salman et ses ambitions de leadership régional.

Avec le temps, il apparaît que les objectifs de Riyad et d’Abou Dabi étaient déjà différents. Bien que le Président des Émirats, Mohamed Ben Zayed, ait été reçu à Riyad le 3 septembre 2025 avec une grande pompe, cela n’a pas réussi à rapprocher les deux pays.

L’intervention saoudienne visait à sécuriser ses frontières et à limiter l’influence de l’Iran, allié des rebelles Houthis. Abou Dabi, inquiet de la politique iranienne, voulait étendre son influence dans le Sud du Yémen, notamment à Aden et sur l’archipel de Socotra. Les Émirats arabes unis ont soutenu le Conseil de Transition du Sud en aidant militairement les milices qui souhaitent se séparer du Nord du pays.
Le dernier épisode en date est le bombardement par l’aviation de la coalition menée par l’Arabie saoudite du port d’Al Moukalla où deux navires chargés d’armes et de véhicules militaires en provenance d’Al Fujaïrah, un des émirats de la confédération, avaient livré leur cargaison.

L’Arabie saoudite a déclaré que les actions des Émirats au Yémen menaçaient la sécurité du Royaume, considérant cela comme une ligne rouge. L’intervention saoudienne est liée à la menace des milices du CTS sur le flanc sud et inquiète également le voisin omanais. À la demande du Président yéménite Al Alaimi, les Émirats doivent retirer leurs troupes dans les 24 heures, et Abou Dabi, bien que niant des accusations d’armement, s’est soumis à cette exigence.

Un appétit aiguisé par des gains économiques

Les Émirats cherchent à étendre leur influence au Sud du Yémen, notamment sur l’île de Socotra, où ils avaient tenté en 2018 une implantation militaire pour en faire un nouveau Dubaï. Malgré l’échec de cette expédition, Abou Dabi continue d’exercer une domination de facto, soutenu par les chefs tribaux sous prétexte d’aide humanitaire.

La corne de l’Afrique et le Soudan, des visées économiques

L’action des Émirats arabes unis a également été dénoncée au Soudan et dans la Corne de l’Afrique.

La reconnaissance par Israël du Somaliland

Le Somaliland, qui a déclaré son indépendance en 1991, a été reconnu par Israël le 26 décembre dernier, avec l’aide des Émirats arabes unis. Abou Dabi a facilité la visite de son président en Israël en octobre 2025. Les Émirats gèrent le port de Berbera et ont une base militaire au Somaliland. Cette proximité est bénéfique pour Israël face aux Houthis et l’Iran.
Israël a aussi mentionné le Somaliland comme un possible lieu de déportation pour les Palestiniens, provoquant des critiques de l’Autorité Palestinienne. Cette reconnaissance a suscité des réactions négatives, notamment de la part des Nations Unies, des Saoudiens, de la Turquie et de l’Égypte, qui y voient un soutien à l’Éthiopie, en désaccord sur l’exploitation des ressources du Nil.

L’appui émirien aux milices FSR se heurte aux intérêts saoudiens

Les intérêts de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis se heurtent également au Soudan. L’appui en équipement militaire qu’Abou Dabi fournit aux FSR dans leur conflit avec l’autorité du Général al-Burhan a plongé le Soudan dans une guerre sanglante qui a éclaté au grand jour en 2023.

Les populations du Darfour, déjà victimes des exactions des milices Janjawid, ont été impitoyablement massacrées lors de la prise d’Al Fasher par les FSR de Hemeti. Alors que les Saoudiens appuient le Général al-Burhan, seule autorité légitime à leurs yeux. L’implication des Émirats au Soudan viserait à mettre la main sur les mines d’or de la région.

Le rôle des Émirats arabes unis irrite de plus en plus ses voisins. Les ambitions de domination économique, l’appui à des factions sécessionnistes créent l’instabilité et se heurtent aux intérêts de puissances régionales, comme la Turquie, l’Égypte et l’Arabie saoudite, qui pourraient mettre un frein à l’hubris qui s’est emparée d’Abou Dabi.


Une réflexion sur “Les actions…

  1. bernarddominik 12/01/2026 / 9h25

    Et la France de Macron, toujours hypocrite, soutient les Emirats tout en se disant favorable au général Al Burhan.

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