Petit enfant, qui recèle
Notre joie et nos douleurs,
Ton rire est fait d’étincelles,
Ton souffle est celui des fleurs.
Tes fins cheveux, gerbe blondes,
S’éparpillent en fouillis,
Et tes lèvres rubicondes
Ébauchent leur gazouillis.
Sur la pourpre de ta bouche
Perle une goutte de lait.
Allons dors, dors sur ta couche,
Dors mon cher enfantelet.
La vie, à ton âge, épanche
Ses grâces et la gaité
Tient, dans ta poitrine blanche,
Ton petit cœur agité.
Mais ton cœur, c’est quelque chose,
Tant, il est candide et pur,
De rosé comme la rose.
D’azuré comme l’azur.
Pour toi le nôtre énumère
Les biens que nous espérons.
Loin de toute coupe amère
Longtemps, nous te bercerons.
Puis, si le ciel nous protège,
Tu seras, dans la maison,
Le rayon qui fond la neige
Et qui dore la moisson.
Claudius Popelin (1889) Ed. Hachette(BNF)