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… ce patron sauveur… qui a laissé couler Brandt !

Le 11 décembre dernier, à la faveur d’une décision du tribunal de commerce de Nanterre, le projet de SCOP qui devait sauver Brandt de la liquidation tombait à l’eau et ses 700 emplois avec. Bien sûr, il faut pointer du doigt la mondialisation et la concurrence chinoise écrasante. L’État, aussi, qui n’est pas tout à fait innocent dans la désindustrialisation du pays. Mais, au bout du compte, demeure toujours une question : c’est qui le patron ?

Brandt est tombé.

Après décision du tribunal des activités économiques de Nanterre, le 11 décembre 2025, le dernier fleuron de l’électroménager français s’est retrouvé liquidé. Le projet de société coopérative et participative (Scop) proposé par les salariés n’a pas été jugé assez solide. Les fours, les frigos et les machines à laver, bons pour la casse. Brandt est tombé, donc – et ses quelque 750 salariés avec -, et pourtant, aucun ouvrier n’a encore exigé la tête au patron, Malik Rebrab, ou plutôt celle de son père, Issad Rebrab, fondateur et propriétaire du conglomérat algérien Cevital (détenteur de Brandt depuis 2014) jusqu’en 2022.

Dans les médias, on a surtout entendu les employés remerciés dire que « les fêtes de Noël seront tristes ». Au fond, ça ne fait que nourrir un peu plus la petite musique qui court : à savoir que la désindustrialisation ne serait qu’une fatalité due à la concurrence internationale et aux galères du made in France.

« C’est un voleur, oui. Mais, il a aidé son pays »

Bien sûr, la CGT et une poignée de politiques ont pointé, à juste titre, la responsabilité de longue date de l’État dans la déroute de l’entreprise et la perte des emplois. Mais le milliardaire algérien Issad Rebrab semble donc s’en sortir sans une égratignure.

Auprès de Charlie, Fabien Gay, sénateur communiste, tient pourtant à le redire : « Il ne faut jamais exonérer les directions. C’est toujours la responsabilité du chef d’entreprise qui doit être engagée en premier lieu. » Et la question se pose : comment se fait-il que le groupe algérien et son patron n’aient rien pu faire pour sauver Brandt ?

Rappelons que Cevital n’est autre que le premier groupe privé d’Algérie. Qu’il emploie plus de 18 000 salariés dans l’agroalimentaire, l’industrie et les médias à travers le monde, pour un chiffre d’affaires d’environ 4 milliards de dollars, en croissance de 30 % encore cette année. Et que son fondateur et seul actionnaire, Issad Rebrab, donc, est l’homme le plus riche d’Algérie.

La richesse de sa famille étant estimée à quelque 4,6 milliards de dollars.

Une phrase d’un certain Rachid, chargé d’affaires juridiques dans une entreprise publique algérienne, parue dans Les Échos, en avril 2019, résume à peu près le personnage : « C’est un voleur, oui. Mais contrairement aux autres, il a aidé son pays. » Et c’est peut-être ça qui l’exonère. En plus des miracles qu’il a faits pour la production d’huile végétale, devenue source de revenus d’exportations pour l’Algérie grâce à ses grandes manœuvres économiques, Issad Rebrab est reconnu comme une figure de résistance au pouvoir.

Dès 1992, il acquiert le quotidien Liberté, l’un des rares journaux à s’opposer au régime autoritaire de Bouteflika puis de Tebboune, à publier des caricatures politiques et à soutenir la révolte du Hirak en 2019. La même année, son soutien politique et financier Ali Ghediri, figure du Hirak et candidat à la présidentielle de 2019, lui vaudra d’ailleurs un séjour de quelques mois en prison.

De la même manière, en France, sa reprise de Brandt, en 2014, est acclamée aveuglément par une large part de la classe politique, soulignant son rôle dans la sauvegarde de centaines d’emplois.
En janvier 2019, Emmanuel Macron recevait d’ailleurs le milliardaire en grande pompe lors de l’événement Choose France, où son modèle économique de la colocalisation – une variante de la délocalisation – était vanté comme une alliance « gagnant-gagnant » entre la France et l’Algérie.
Il n’en reste pas moins qu’Issad Rebrab est un patron. Et que, comme tous les patrons, sa vocation est d’amasser du pognon.

En 2016, dans l’affaire des « Panama Papers », il figure sur la liste des personnalités pratiquant l’évasion fiscale dans des paradis fiscaux. Alors, là-dedans, un micro-ondes Brandt de plus ou de moins…


Julie Lescarmontier. Charlie Hebdo 24/12/2025


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