… voilà qui semble antinomique et pourtant…
Questions posées à Philippe Moati économiste et cofondateur de “Observatoire de la société et consummation” (ObSoCo)
- Nous sortons de la période du Black Friday et sommes en pleine course aux cadeaux de Noël. Notre conscience écologique est mise à rude épreuve… Peut-on consommer moins dans une société qui nous pousse sans cesse à surconsommer ?
« C’est difficile. Chacun d’entre nous est un citoyen mais c’est le consommateur que l’on flatte. Et très souvent, le citoyen cède face au consommateur. Nous venons de traverser une crise inflationniste qui a amputé le pouvoir d’achat d’une partie de la population, nous vivons dans un climat anxiogène. Il y a globalement un sentiment de découragement face à l’ampleur de la tâche à accomplir. Alors face à toutes les injonctions à bien se comporter et être raisonnables, les Français éprouvent une sorte de fatigue écologique. Quand on leur demande de hiérarchiser leurs critères d’achat, c’est le prix, toujours en tête, qui conforte sa position. Les critères éthiques ont beaucoup reculé ».
- Si le prix est un critère puissant, ne faut-il pas insister sur les bénéfices financiers que peut tirer le consommateur en achetant moins et mieux ?
« Effectivement, il y a un certain nombre de gestes qui vont contenter le consommateur et le citoyen. La seconde main, théoriquement, permet d’acheter moins cher donc de faire des économies ; baisser la température de son logement également… Manger bio et local, c’est différent car vous paierez peut-être un peu plus cher mais vous en tirerez des bénéfices pour votre santé, pour la planète tout en soutenant les producteurs du coin. Ce sont ces gestes-là qu’il faut pousser en priorité ».
- De plus en plus de friperies, de magasins de jouets d’occasion se développent et sont mieux acceptés socialement… Mais des études ont montré que cela n’arrangeait pas la surconsommation.
« Oui, car le socle culturel est toujours là. Nous avons trouvé une manière de consommer pour moins cher avec en prime, un peu de bonne conscience, ce qui ne gâche rien. Mais nous sommes encore dans une facette de l’hyperconsommation. Toutefois, il est préférable d’acheter d’occasion que neuf. C’est toujours mieux que rien ».
- Notre modèle économique actuel est-il compatible avec les objectifs de la transition écologique ?
« Nous sommes face à une contradiction fondamentale. Le capitalisme se pense en mouvement, en croissance. Les entreprises ont besoin de vendre, de plus en plus. Et elles ont des moyens, très puissants, pour nous convaincre d’acheter. Je me suis amusé à croiser la courbe de la croissance du PIB avec la courbe de la croissance des dépenses de publicité. Eh bien, les dépenses de publicité progressent plus vite que le PIB. En gros, pour chaque unité de PIB, il y a plus de publicité injectée. Alors demander aux consommateurs d’avoir des nerfs d’acier et de ne pas céder au chant des sirènes, c’est un peu compliqué et même un peu hypocrite ».
- On ne peut donc rien y faire ?
« Si. Il y a des stratégies à mettre en place, au niveau collectif, pas seulement individuel. Nous allons bientôt publier un ouvrage avec Benoît Heilbrunn sur l’hyperconsommation. J’y reprends l’analogie avec Ulysse. J’écris qu’il y a trois attitudes à avoir pour ne pas céder au chant des sirènes : la première, faire en sorte, comme Ulysse, de se faire attacher à son mât ou de se boucher les oreilles. Pour cela, soit on est déjà très militant et insensible à ce chant (environ 10 à 15 % de la population); soit on remplace la consommation, qui comble notre vide existentiel, par autre chose pour redonner du sens à sa vie. »
- C’est-à-dire ?
« Je plaide beaucoup pour les loisirs actifs. Les psychologues et les économistes ont travaillé sur le sujet : ce qui rend les gens heureux, ce n’est pas de consommer toujours plus, mais d’avoir une vie sociale riche, spirituelle, de s’impliquer dans la vie de la cité, de s’engager dans des loisirs actifs… Il y a un vrai changement culturel à engager et cela ne va pas se faire du jour au lendemain ».
- Quel rôle peuvent jouer les pouvoirs publics ?
« C’est la deuxième stratégie : il faut bâillonner les sirènes. En clair : réglementer, mettre des limites. Un exemple : l’économie circulaire est en marche avec les quatre R [Réduire, Réutiliser, Recycler, Réparer – NDLR]. Les entreprises n’y seraient pas allées spontanément. Elles y vont parce que la loi les y contraint. Les influenceurs ont désormais l’obligation de déclarer leurs partenariats avec les marques… On parle également de réguler davantage la publicité. C’est une trajectoire qui est absolument indispensable. Sans changement du cadre réglementaire, les choses n’évolueront pas ».
- Et la troisième stratégie ?
« C’est de faire chanter une autre chanson aux sirènes. Faire en sorte que la prospérité des entreprises ne dépende pas des quantités de produits vendus. Alors, oui, c’est compliqué : il faudrait changer de business model et créer de la valeur économique en consommant moins de ressources et de matières. Comment ? En montant en qualité par exemple. Vendre moins de produits mais plus cher et convaincre les consommateurs qu’en payant plus ils auront mieux. Informer le consommateur au moment de son achat de la durabilité d’un, produit peut l’aider à monter en gamme.
C’est la combinaison de ces trois stratégies qui peut nous permettre de sortir de l’hyper-consommation. Mais tout cela ne sera possible que si l’ensemble des acteurs – individus, entreprises, État… – jouent le jeu. »
- Vous défendez également une économie de la fonctionnalité… Pouvez-vous nous l’expliquer ?
« Nous achetons des biens et des services pour résoudre des « problèmes », pour répondre à des besoins. Mais le bien n’est qu’un support matériel, un élément de solution. L’économie de la fonctionnalité permet de résoudre le problème en mettant à disposition un service, l’usage du bien plutôt que sa possession.
Un exemple : aux États-Unis, des entreprises ont développé un abonnement à un vestiaire avec des vêtements plutôt haut de gamme. Le client s’abonne et peut emprunter un certain nombre de pièces. Puis quand il veut changer, il rend les vêtements – qui sont ensuite nettoyés puis remis en circulation-et en prend d’autres à la place. Il combine ainsi son désir de changement, propre à la mode, à une consommation vertueuse. Chaque vêtement a une intensité d’usage beaucoup plus importante. L’intérêt de celui qui gère le dispositif est de faire durer les articles le plus longtemps possible. Sa rentabilité va en dépendre. Nous sommes à l’inverse de l’obsolescence programmée. C’est une façon de rester dans la logique du capitalisme tout en réduisant l’impact environnemental de notre consommation ».
- Comment rendre la sobriété plus désirable ?
« C’est le grand récit qui nous manque. Mettre en scène, en musique, en images, des sobriétés heureuses, joyeuses et choisies. C’est pour cela que je pense beaucoup aux loisirs. Des études ont montré que le temps passé avec ses proches est très important. Pourquoi travaille-t-on toujours plus pour ne pas faire ce qui nous rend vraiment heureux ? »
Propos recueillis par Emmanuelle Bracco. Le Dauphiné. 17 /12/2025
L’avis de B.H.
Je me vois mal louer mes vêtements ou mon réfrigérateur.
La location n’est pas une forme de partage, mais une solution financière.
La croissance est la plaie du système capitaliste, le toujours plus aura nécessairement une fin.
Mais quelle fin ?
L’avis d’AM.R.
Con-sommation.
Il est très facile (mais si) de se passer de toutes ces choses inutiles que l’on nous pousse à posséder.
Avoir le dernier smartphone ou partir en vacances loin, pour pouvoir s’en vanter, … comme si ce que nous possédons nous donne de la valeur.
Quelle idiotie, quel triste vie.
Acheter des choses inutiles pour épater les autres, faut être stupide pour faire cela, si on vous juge sur ce que vous avez, fuyez ces imbéciles, et si vous jugez les autres sur ce qu’ils possèdent…. c’est le moment de vous remettre en question.
Une réflexion sur “Loisirs et Hyper-consommation…”