Ils voulaient intimider des opposants à l’A69,
ils attendent désormais leur procès.
Reporterre vous plonge dans l’action menée au cœur de la nuit, fin juin 2025,
de ce « commando » composé de chefs d’entreprise et d’élus locaux.
Il est 2 heures du matin, dans la nuit du 24 au 25 juin, quand Benoît Puech dissimule la plaque de son véhicule avec du scotch. Son 4×4 Nissan est déjà chargé : cagoule, gants noirs et lampes frontales. Il ne manque plus que les complices. Le moteur vrombit, les phares s’allument, et l’opération commence.
Cette nuit-là, trois commandos de militants favorables à l’A69 ont mené une action d’intimidation à l’encontre des opposants locaux à l’autoroute.
Des pancartes identifiant neuf habitants anti-autoroute ont été placées près de Castres, soulignant leur soutien à des rassemblements contre l’A69. Des actes de vandalismes, incluant des projections de peinture rouge, ont visé ces opposants, dans le but de les intimider. Malgré la résistance des riverains écologistes, le chantier de l’A69 continue depuis 2023.
Cinq partisans de l’A69, dont deux élus, devront comparaître devant le tribunal de Castres en avril 2026 pour divers délits, tout en étant présumés innocents.
La Jardinerie tarnaise : le QG des pro-autoroute
Guy Bousquet, patron de la Jardinerie tarnaise et président de l’association VIA81, a exprimé sur un groupe WhatsApp « Via’Action » qu’il faut s’en prendre à ceux qui accueillent et soutiennent les voyous, tout en avertissant des risques associés, ce message ayant été retrouvé par la police judiciaire.
« Sur ce groupe, il y avait des propositions d’actions. Il y a des choses graves qui ont été publiées, genre kidnapper des zadistes ou mettre du fumier dans les champs [où se sont installés des zadistes]. Ce n’est pas pour autant que ces choses illégales ont été faites », expliquera sans broncher Benoît Puech en garde à vue quelques semaines plus tard.
L’élu au conseil municipal de Mazamet est l’un des cinq suspects entendus par un officier lors de l’enquête. Guy Bousquet organise une rencontre le 13 juin avec des partisans du projet autoroutier, dont des chefs d’entreprise et des élus. Leur objectif est de planifier une action pour « faire changer la peur de camp », consistant à afficher des panneaux révélant l’identité des opposants à l’A69 pour les dissuader de continuer leur lutte.
« Petit café » entre amis du rugby à 1 h du matin
Les échanges se poursuivent à la Jardinerie tarnaise avec Benoît Puech, Mathurin Castan et un troisième homme désignés comme chefs d’équipe. Ils répartissent leurs missions sur différentes zones et recrutent des personnes de confiance pour une opération. Puech rencontre Frédéric Cenes lors d’une fête de rugby et l’invite à se joindre à la mission. Il recrute également Paul-Henri Houlès, qui établit une alerte discrète pour un café. Pendant ce temps, Mathurin Castan forme sa propre équipe. La brigade de recherches de Castres n’a pas encore identifié tous les membres de ces équipes.
Frontale, gants et cagoule pour « cacher le visage »
Le 23 juin, Puech se rend chez TIT, une entreprise de Mathurin Castan, où il et ses complices fabriquent une cinquantaine de panneaux anti-A69, contenant des fautes et les noms d’opposants. Le lendemain, il envoie un message à ses complices pour préparer une action, en conseillant des vêtements neutres et de laisser leurs téléphones.
Tout est prêt, l’opération commando peut commencer.
« Je me suis dit qu’on allait passer pour des glands »
Vers 2 heures, Puech sort discrètement de chez lui pour rejoindre son 4×4 Nissan. Il dissimule les plaques, et démarre direction Mazamet pour récupérer Frédéric Cenes, puis Paul-Henri Houlès à Labruguière, au sud de Castres.
Dans le coffre, six panneaux sont déjà prêts à être installés le long de la RN126, particulièrement empruntée par les habitants. Avant de commencer la pose, le trio fait un petit détour pour récupérer une dizaine de panneaux supplémentaires dans une dépendance à Soual appartenant à un frère de Mathurin Castan.
Les trois Tarnais ne se parlent pas beaucoup dans la voiture, concentrés sur la mission. Ils roulent jusqu’à un rond-point de la commune de Puylaurens. Le véhicule y est laissé sur le bas-côté. Les trois hommes enfilent gants et cagoule et installent deux panneaux. « J’ai constaté que sur une des pancartes, il y avait écrit “voyoux” avec un x. Ça m’a marqué. Je me suis dit qu’on allait passer pour des glands », dira Paul-Henri Houlès en garde à vue
Ces panneaux, affichés sur la voie publique, visaient à révéler l’identité des opposants locaux à l’A69 et les dissuader de poursuivre la lutte. Ils ont été floutés pour préserver l’anonymat des opposants. La Voie est libre
Le groupe rejoint ensuite Soual et pose d’autres panneaux, mais il est surpris par les phares d’une voiture. Il est 3 h 45. Les trois hommes remontent vite dans le véhicule, stationné avec les feux de détresse, et constatent qu’il s’agit de la gendarmerie. Les militaires les contrôlent, remarquent le scotch sur la plaque d’immatriculation, et les hommes avouent qu’ils mènent une action « coup-de-poing » au nom d’un collectif pro-A69. Des panneaux sont découverts dans le coffre. Les gendarmes les laissent repartir.
Dérouté par ce contrôle, Puech raccompagne ses deux complices à leurs domiciles. « Je passerai des coups de fil », lui dit Paul-Henri Houlès pour le rassurer. L’élu mazamétain rentre chez lui vers 4 heures.
Au même moment, vers 4 h 10, une caméra de surveillance capture l’arrivée d’un Citroën Jumper à un rond-point. La plaque est dissimulée.
Trois hommes cagoulés et gantés en descendent, dont Mathurin Castan. Ils sortent des pancartes et des tiges métalliques, les fixent sur la signalisation routière en moins de cinq minutes, puis repartent. Au total, 26 panneaux seront posés autour de Castres cette nuit-là. En garde à vue, Castan refusera de nommer ses complices.
Un faux récit devant les enquêteurs
Une troisième équipe aurait également agi, potentiellement responsable des jets de peinture et des inscriptions à la bombe. Les enquêteurs castrais constatent un « lien indéniable entre les panneaux et ces dégradations, pouvant être attribuées au même groupuscule, notamment par le x de “voyoux” et les victimes ciblées », selon leur rapport.
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En attendant son procès, Benoît Puech continue, à travers son rôle d’élu à Mazamet et à la communauté d’agglomération, de soutenir activement l’A69. Le 29 septembre 2025, il a notamment voté pour une nouvelle subvention de 2,75 millions d’euros pour l’autoroute.
Synthèse d’un article signé de Justin Carrette paru dans Reporterre. Source (lecture libre… mais)
Je suis allé dans le Tarn et Garonne et les travailleurs ne comprennent pas que les écologistes veuillent leur imposer une heure de trajet en plus chaque jour.
Une heure de plus dans le trajet, d’autres prétendent que cela ne fait « gagner » que 15 minutes… qui dit la vérité.
Dans tous les cas cette route « autoroute » a été décidé selon la volonté de l’entreprise P. Fabre (labo pharma) qui, selon la volonté de Macron ne doit surtout pas délocaliser – arguments que les dirigeants ont avancés pour obtenir cette A69.
L’autre problème caché, concerne les villages situés le long de cet A69, demain désertés, des commerces qui ferment, des RN plus entretenues.