On raconte que la dette contractée par la France pour participer à la guerre d’indépendance de l’Amérique aurait ruiné les finances du royaume et favorisé le déclenchement de la Révolution de 1789. Un engagement qui aurait coûté jusqu’à 1 milliard de livres et que Necker, directeur général des Finances, aurait tenté en vain de renflouer.
Cet épisode ressemble beaucoup à celui que vit la France de 2025 avec son budget. L’événement imprévu que fut l’épidémie de Covid, contre lequel la lutte a été financée « quoi qu’il en coûte », a peut-être joué le même rôle que la guerre d’indépendance de l’Amérique. Ajoutez à cela les innombrables niches fiscales et autres dépenses publiques incontrôlées, et vous obtenez une situation budgétaire et politique presque comparable à celle de 1788. C’est-à-dire prérévolutionnaire. Les agences de notation internationales auraient probablement retiré un A à la France de Louis XVI, comme vient de le faire S&P (anciennement Standard & Poor’s) en faisant passer la note du pays de AA- à A+. Serions-nous aussi à la veille d’une révolution ?
Les Français pensent que les histoires très chiantes de déficit public ne les concernent pas. « L’intendance suivra », aurait dit de Gaulle à propos des questions économiques, ce qu’il démentit lors d’une interview le 13 décembre 1965. Cette phrase résume pourtant l’état d’esprit de beaucoup de Français, qui croient que l’argent public, tombe du ciel. Si la responsabilité de prélever l’impôt incombe d’abord aux politiques, leurs électeurs ont de ces questions une vision souvent lunaire et pensent que c’est toujours dans la poche du voisin qu’il faut piocher. Les riches, les super-riches, les assistés, les fraudeurs, les spéculateurs, les fonctionnaires trop nombreux et paresseux, la liste est longue des supposés responsables de cette dérive budgétaire.
Propagande électorale
Il est d’autant plus difficile de voir clair dans ce capharnaüm fiscal que depuis des décennies la fiscalité est exploitée par tous les partis politiques à des fins électoralistes. La droite veut taxer les foyers modestes, car ils sont les plus nombreux et rapportent donc plus d’argent, mais épargne les plus riches, qui constituent le socle de son électorat. La gauche baissera les prélèvements des classes moyennes censées voter pour elle, mais taxera les plus fortunés, qui sont rarement ses électeurs. La fiscalité est d’autant plus compliquée à comprendre qu’elle est devenue un outil de propagande électorale. Qui dit vrai ? Qui dit faux ? À moins d’être soi-même spécialiste des finances publiques, on ne sait plus qui croire.
L’impôt, tout le monde doit y contribuer dans la mesure de ses moyens. Et en même temps, tout le monde doit en profiter à travers les services publics, mais, cette fois, sans distinction de moyens. Une alchimie complexe au maniement explosif. Si on devait poursuivre le parallèle avec les finances de Louis XVI, ne faudrait-il pas, à l’image des États généraux de 1789, convoquer tous les acteurs économiques et sociaux actuels pour sceller un nouveau pacte fiscal ? Un chantier gigantesque qui aurait pour ambition de rénover de fond en comble la définition des impôts, des taxes, des prélèvements et la répartition de la dépense publique.
Pour l’instant, les mesures proposées, comme la taxe Zucman, semblent bien dérisoires au regard de la révolution fiscale qu’il faudrait lancer. Et qui, inévitablement, toucherait toutes les catégories sociales, et par là même mécontenterait tout le monde en même temps. Probablement efficace fiscalement, assurément catastrophique politiquement. Et donc pas près de voir le jour.
Éditorial de Riss. Charlie Hebdo. 22/10/2025
Le problème sur les 1000 milliards empruntés par Macron c’est que seul 400 milliards sont dus au covid et que sur ces 400 milliards la moitié sont des prêts qui devraient être remboursés pour l’essentiel. Les 600 autres milliards font les cadeaux fiscaux faits aux milliardaires.