Pitoyable ces « journaleux »

En pâmoison devant le discours de politique générale du nouveau Premier ministre, émoustillé par la perspective de « non-censure » au point de désinformer sans entraves sur la question des retraites, le journalisme politique nous a encore gratifié d’une très grande scène de son théâtre habituel. Tandis que la co-production de l’information politique (en huis-clos) bat son plein, les grands médias pèsent de tout leur poids sur la recomposition du champ politique en général… et de « la gauche » en particulier.

Dans la foulée du discours de politique générale de Sébastien Lecornu, plateaux et journaux ne savaient plus se contenir : « Est-ce la fin de la crise politique ? » se demandait-on en chœur. « Suspension » de la réforme des retraites, promesse de renoncer au 49.3, accord de non-censure avec le Parti socialiste : la perspective, même momentanée, d’une éventuelle « stabilité politique », tant désirée par les partisans de l’ordre, a déclenché une nouvelle vague d’unanimisme éditorial, où la désinformation le dispute à la dépolitisation médiatique de la politique.

Lecornu-mania
« Un discours habité de Sébastien Lecornu » ! Il est 16h05 ce mardi 14 octobre et le discours de politique générale vient d’être prononcé par le nouveau-nouveau Premier ministre. Les éditorialistes de LCI, emballés, ne savent plus quels qualificatifs enfiler : le discours est uneréussite »

  • pour Élizabeth Martichoux, qui l’a trouvé « inédit », par « sa forme, sa durée », « son débit de mitraillette », mais aussi par « sa transgression, évidemment ».
  • Patrice Duhamel le juge lui « extrêmement efficace, sobre, d’un pragmatisme tout à fait exceptionnel ».
  • « Très efficace », confirme Renaud Pila.
  • « Rusé, habile, très original » ajoute le sondeur Fréderic Dabi :
  • « Il y avait du Rocard […], il y avait du Louis XI. » Il y avait aussi du Chaban-Delmas pour Valérie Nataf : « Un côté « nouvelle société » dans ce discours », qui était « d’une modernité absolument incroyable ! ».
  • « Nous sommes en plein compromis », se réjouit plus tard David Pujadas, « et quel compromis ! Là, Sébastien Lecornu donne entière satisfaction ! »

L’enthousiasme bat aussi son plein sur BFM-TV,

  • Alain Duhamel, qui a trouvé le discours « intelligent », « sobre » et « court ».
  • Le journaliste Thierry Arnaud parle lui de « la promesse tenue de la rupture ».
  • Même ambiance sur Franceinfo, où nous sommes « avec la crème de la crème de l’éditorialisme politique », dixit la présentatrice, à savoir Nathalie Saint-Cricq (épouse de Patrice Duhamel)
  • Gilles Bornstein. La directrice des rédactions nationales de France Télévisions a trouvé le discours de Sébastien Lecornu « efficace », « sérieux », « raisonnable », estime que « c’est malin » et que « ça devrait marcher ».
  • Gilles Bornstein voit quant à lui « un style Lecornu qui est en train d’émerger », « sans esbroufe, sans emphase », « avec les mots attendus ».

L’allégresse est partagée par une large partie de la presse écrite.

  • Libération a aussi trouvé Lecornu « plus malin que ses prédécesseurs », et salue, sur la forme, la fin du « ton sentencieux » et des « logorrhées digressives » (14/10), et sur le fond un Lecornu « humble », « combatif » et « revenu de loin » (15/10).
  • Le Monde juge la déclaration de politique générale du Premier ministre « tout simplement décisive » (15/10). Dans son éditorial, titré « Savoir sortir d’une crise », le journal de référence se réjouit d’« un pas important sur la voie du compromis », et prévient : « censurer le gouvernement serait désormais incompréhensible » (15/10).
  • Politico cite des sources parlementaires sans les nommer, qui permettent d’adresser des compliments indirects : « Il a sorti le grand jeu », « il a été extrêmement bon », etc. (15/10)
  • Progrès, qui félicite un Lecornu « politiquement habile », « les mains dans le cambouis » (15/10), quand La Dépêche applaudit la « tactique du moine-soldat » (15/10).
  • Ouest-France, le discours « sobre », « efficace » et « imparable » du Premier ministre constitue « une proposition qui ne se refuse pas ».
  • Midi Libre (15/10) : « Mardi matin, un proche conseiller du chef de l’État sollicitait la presse quotidienne régionale pour commencer à faire l’exégèse du discours de politique générale. » On peut le dire : opération réussie !

Réforme des retraites : mise en scène… et désinformation en masse


Avec une presse si bien disposée à l’égard du pouvoir, nulle surprise à observer le journalisme de cour redoubler d’effort pour matraquer la martingale du moment, commune au gouvernement de Sébastien Lecornu et au Parti socialiste, son allié de circonstance : la « suspension de la réforme des retraites ». Désignée par le PS comme une condition sine qua non de la « non-censure », annoncée par le Premier ministre dans son discours de politique générale, scrutée par tous les journalistes de France et de Navarre comme le signe d’une stabilité retrouvée, la « suspension » est naturellement sur toutes les lèvres… et à la Une de la quasi-totalité des journaux.

Peu importe qu’au moment de décider de tels gros titres, aucune rédaction ne connaisse les modalités concrètes de la mise en œuvre de cette « suspension ». Peu leur importe non plus – pour ne pas dire encore moins – que les plus fins connaisseurs du sujet aient immédiatement cherché à tempérer l’emballement, notamment en pointant l’usage équivoque du terme « suspension » : « Il ne s’agit pas d’un gel de la réforme (« suspension ») au sens où la réforme n’est pas arrêtée au point qu’elle a atteint en 2025 », précise par exemple le chercheur Michaël Zemmour sur son blog d’Alternatives économiques (14/10), évoquant plutôt « un décalage du calendrier de la réforme de 2023, d’environ 3 mois pour les générations 1964 à 1968 » – ce qui, convenons-en, est tout de suite moins spectaculaire…

Autant de voix qui pèsent peu dans le tohu-bohu médiatique : si, de la PQR aux chaînes d’info, des journalistes ont bel et bien cherché à nuancer l’emballement, on sentait les chefferies trop impatientes de surjouer le théâtre du « compromis » et de « l’abandon de la réforme des retraites ». Une comédie jouée à guichets fermés à peine le discours de politique générale terminé, dramatisation garantie.


D’après un article de Pauline Perrenot et Jérémie Younes. Acrimed (Voir l’intégralité – Lecture libre)

L’avis de R.B.

Mais de quoi parle-t-on ?
Je vais être très schématique !
Ce système de SÉCURITÉ SOCIALE que l’on prive, par différents moyens (diminution ou suppression de cotisations, non-restitutions de recettes, transfert sur cette Sécurité sociale des charges qui ne doivent pas lui être imputées) demeure une formidable entité de soutien économique. Avec ses périphériques, pharmacies, cures thermales, professions libérales de médecine, et j’en oublie, recycle au sens littéral du terme les cotisations. « Ce pognon de dingue ».
Les effets induits économiques sont considérables. Mais la santé et le bien-être de nos concitoyens sont nécessaires pour faire tourner ce moteur économique avec ses trois niveaux : consommation, exportations, investissements.
Cette structure sociale conçue en 1945, après une guerre dévastatrice pour notre pays génère des emplois, des rentrées fiscales et même des fraudes, mais aussi de la recherche.
Je persiste à penser que lorsque, on veut noyer son chien, on l’accuse de la rage en oubliant tout ce qu’il vous a apporté !
Ne nous laissons pas manipuler.
La Sécurité sociale basée sur la solidarité intergénérationnelle est un marqueur existentiel, comme la laïcité, de notre RÉPUBLIQUE toujours en devenir.


RBLAPLUME


4 réflexions sur “Pitoyable ces « journaleux »

  1. bernarddominik 19/10/2025 / 11h02

    Personne ne parle du fond du problème des retraites dont les pensions sont payées par les actifs, si la durée de pension augmente il faut logiquement augmenter en proportion la durée de cotisation. Certes c’est une logique comptable, mais ignorer les comptes c’est détruire le système, aucun service ne peut exister dans un univers monétarisé sans comptabilité. Supprimons l’argent et au lieu de pensions donnons aux retraités, mais aussi aux salariés, un kilo de patates, c’est ce que veut la gauche? Soyons sérieux.

    • Libres jugements 19/10/2025 / 11h37

      Avant toute chose, il faudrait abandonner les différents aides d’État permettant aux entreprises, l’abandon de prélèvements sociaux sur les feuilles de paies des Heures supplémentaires, primes exceptionnels, etc.
      Toutes choses qui selon le gouvernement et son fieffé économiste en chef, permet aux entreprises d’être compétitives… même celles qui délocalisent la production, ne gardant que des bureaux pour avoir le label « fabriqué en France ».

      • bernarddominik 19/10/2025 / 15h22

        Oui tout à fait d’accord, supprimer les remises de charges aux entreprises non soumises à la concurrence étrangère. charger et imposer les heures supplémentaires est aussi un acte de justice. Certains patrons font des contrats à mi temps compléments par des heures supplémentaires non chargées non imposées. Mais est ce que ce sera suffisant? Quand, bientôt, un seul travailleur supportera les charges d’1 retraité?

        • Libres jugements 19/10/2025 / 15h51

          Il ne s’agit pas avec certaines mesures d’État consacrées aux aides aux entreprises ou exonérations, de trouver de quoi « combler » le trou de la Sécu (S’il existe vraiment), trou qui selon les spécialistes économiques ne posera réellement un problème que dans les prochaines années, ni permettre d’enrayer la dette de la France…
          NON ? JUSTE UNE MESURE D’ÉGALITÉ DEVANT LES EFFORTS ENVERS LES SALARIES, À FAIRE POUR REDRESSER CE QU’À APPORTER LE RÈGNE DE MACRON L’ENRICHISSEMENT DE CERTAINS ET LA DESTRUCTION DE L’ÉCONOMIE DE NOTRE PAYS.
          Michel

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