À propos…

L’accord de paix arraché aux deux camps par Trump ne suffit pas pour répondre à cette question. Il va bien falloir, une bonne fois pour toutes, reconstruire quelque chose qui tienne debout entre ces deux peuples, qui, pour ça, devront concilier deux préoccupations contradictoires : se tourner vers l’avenir sans rien oublier du passé. Un Janus qui regarde dans deux directions opposées.

Il faut distinguer les acteurs du conflit des commentateurs.

Il y a ceux qui se font tirer dessus et les autres – en France ou ailleurs en Europe – qui analysent le fait que des gens se fassent tuer à 3 200 km. Ce qui n’est pas exactement la même chose. Le décalage entre le discours des militants et celui des acteurs est frappant, et parfois gênant. L’outrance est souvent au rendez-vous, comme si la violence armée sur place autorisait ici toutes les violences verbales. Plus on s’estime indigné, plus on pense avoir le droit d’avoir tous les droits.

Pour les Palestiniens et les Israéliens, c’est différent.

Ils ont beau vivre dans l’angoisse des bombardements ou des attentats, ils savent, au fond d’eux-mêmes, que cela ne résoudra rien, même si, sur le moment, ils ont l’impression que les coups portés à l’ennemi servent d’exutoire à leur souffrance. Une satisfaction éphémère, une jouissance fulgurante, qui laisse aussitôt place à l’abattement. Une éjaculation de violence qui procure un immense plaisir, aussitôt suivi d’une profonde déprime, une autre petite mort. La réaction des Palestiniens et des Israéliens qui ont acclamé l’accord imposé par Trump est révélatrice de cet épuisement. Un plan de paix qui ne résout pas tout, mais attendu de tous pour espérer sortir de cette guerre qui n’avait aucune chance de régler quoi que ce soit.

Rester rationnel face à l’arbitraire

Toutes proportions gardées, on pense à la vague d’attentats qui a frappé la France en 2015. A-t-on le droit d’exprimer sa haine sous prétexte qu’on s’est fait tirer dessus ? Le sentiment d’injustice est si insupportable qu’on pourrait se croire autorisé à le faire. Difficile de rester rationnel quand on a subi l’arbitraire. On en a vu plusieurs, après 2015, qui sont partis en vrille en adoptant des positions extrêmes. On n’ose alors imaginer ce qui bouillonne dans la tête des femmes et des hommes qui, depuis 1948, souffrent de cette guerre, et qui, en plus, se sentent obligés de transmettre à chaque génération la mémoire des tragédies vécues par leurs aînés. La reconstruction de Gaza ne se réduira pas à ­l’action des excavatrices et des bétonneuses, mais aussi au changement des mentalités.

Comment les habitants de cette région se projetteront-ils dans l’avenir sans pour autant renier leur passé ni en rester prisonniers ?

Je me souviens d’une Palestinienne, à Jérusalem, qui assistait à la reconstruction de la maison de son fils, détruite plusieurs fois par les bulldozers de l’État hébreu. Une association d’Israéliens pacifistes l’aidait à la reconstruire. Pour expliquer cette situation déconcertante, cette femme me montra sa main et me dit : « Les Israéliens, c’est comme les doigts de la main : il n’y en a pas un pareil. » Je ne sais pas si elle est encore en vie et, si c’est le cas, si elle a encore tous ses doigts au bout de la main ou un moignon à la place, mais j’ose espérer qu’aujourd’hui elle croit toujours à ce qu’elle disait. Reste à savoir si suffisamment d’Israéliens pensent la même chose des Palestiniens. L’avenir de cette région en dépend. Une fois de plus depuis soixante-dix-sept ans.


Éditorial de Riss. Charlie Hebdo. 15/10/2025


2 réflexions sur “À propos…

  1. bernarddominik 18/10/2025 / 13h58

    La violence à Gaza et en Cisjordanie a atteint un tel niveau que je ne vois pas comment il pourrait y avoir une réconciliation.

  2. raannemari 18/10/2025 / 18h46

    Le régime occupant israélien commettait déjà des crimes en 1948, et à cette époque pas de Hamas pour les « justifier ».

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