Vent de révolte !

Des patrons partent à l’offensive contre la taxe Zucman.

Les patrons de la tech française se dressent comme un seul homme (il n’y a quasiment pas de femmes !) contre la taxe Zucman […]. Ces derniers jours, les tribunes fleurissent dans la presse libérale pour dénoncer

  • « une casse de l’élan entrepreneurial français » (l’Opinion),
  • « un suicide économique assisté »
  • « un piège mortel qui détruira la French Tech et son 1,3 million d’emplois » (Les Échos).

Une estimation surprenante dans la mesure où, selon Bercy, l’ensemble de la French Tech emploie 350 000 personnes.

Rappelons tout de même ce que représenterait la taxe Zucman : prélever 2 % du patrimoine, y compris financier, des seuls 1 800 Français les plus riches, et uniquement sur la tranche supérieure à 100 millions d’euros.
On est bien loin du confiscatoire.
Effectivement, une poignée de startupers français se voient concernés par ce projet d’impôt, du fait des parts qu’ils détiennent dans leur « licorne » dont la valeur a dépassé le milliard d’euros : les patrons de MistralAI (le ChatGPT français mais déjà grandement entre les mains de Microsoft) sont les figures de proue, comme celui de Ledger, qui vend des portefeuilles pour cryptomonnaies.

À leur décharge, ces chefs d’entreprises de la tech opposent à ce prélèvement un argument original : les patrons de start-up se paieraient en moyenne 150 000 euros à l’année, bien loin des rémunérations des patrons du Cac40.
Leur patrimoine financier est composé de parts d’entreprise, et « ces titres sont illiquides : impossible de les vendre rapidement pour payer l’impôt », argue Philippe Corrot, patron de la start-up Mirakl. C’est vrai.

[…]

Ces patrons de start-up taxent ainsi les économistes comme Zucman d’incompétence et les accusent de confondre revenu et patrimoine. Mais bien au contraire : tout l’intérêt de la mesure défendue par le spécialiste de la fiscalité des riches est d’aller chercher l’argent où il est : dans les holdings et pas dans les salaires.
La preuve, beaucoup de grands patrons aux revenus annuels dépassant le million d’euros ne sont pas concernés par la taxe Zucman, puisqu’ils n’atteignent pas les 100 millions d’euros de patrimoine.

Ce que ces startupers, qui se plaignent de leur manque de liquidité, ne disent pas non plus, c’est que chaque levée de fonds dont bénéficient leurs licornes leur permet de profiter de « cash out », c’est-à-dire de récupérer plusieurs millions d’euros en cédant des actions secondaires.

Le processus est globalement opaque : lors d’une levée, les fondateurs négocient une dilution d’une partie de leur capital (en émettant de nouvelles actions) en échange de fonds et vendent une partie des leurs.

Mistral, en mai 2023, présentait ainsi un capital de 15 000 euros répartis en 1,5 million d’actions de 0,01 euro. On sait, grâce au média Bloomberg, que l’ancien ministre Cédric O avait mis 176 euros au pot. À la première levée de fonds de 105 millions d’euros, sa part s’élevait à 23 millions d’euros et il a pu encaisser 1 million d’euros de liquidité en vendant une partie de ses parts.
En deux ans, d’autres levées ont suivi : une de 340 millions, puis de 600 millions, et enfin de 1,3 milliard d’euros il y a quelques jours.

Chaque fois, on ne connaît que le montant global de la levée, mais pas le montant des cash out, ni la part qu’il reste aux cofondateurs de Mistral.
Juste l’estimation de Challenges : ils possèdent 3 milliards d’euros de fortune chacun…

Magnanime dans Le Monde, Gabriel Zucman leur propose « de payer l’impôt en nature, en apportant des titres de leur entreprise » à l’État. Tout en précisant que lorsque ces patrons milliardaires se plaignent « de problèmes d’illiquidité, c’est souvent parce qu’ils organisent eux-mêmes cette illiquidité ».

Voilà un autre intérêt de cette taxe Zucman : pour pouvoir taxer à leur juste part ces très hauts patrimoines, il va falloir que le monde des start-up fasse enfin preuve de transparence.


Pierric Marissal. Source (extraits)


Une réflexion sur “Vent de révolte !

  1. bernarddominik 17/09/2025 / 16h05

    Avant de songer à taxer le capital ne faudrait il pas revoir la politique de subventions de l’état. Interdire au ministre des finances de faire des remises d’impôts. C’est 80 milliards. Mieux cibler les remises de charges en les réservant aux secteurs soumis à la concurrence internationale. Sur une centaine de milliards c’est la moitié qui serait injustifiée. Et au lieu de parler de taxe il serait plus judicieux de parler d’impôt minimum.

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