Pluie d’automne lointaine

Douce pluie d’un automne lointain,
Les oiseaux sont bleus… bleus,
Et la terre est en fête.
Ne dis pas : Je suis un nuage dans l’aéroport,
Car je n’attends de ma patrie tombée des vitres des trains
Que le mouchoir de ma mère
Et des raisons de mourir encore.
Douce pluie d’un automne étranger.
Les fenêtres sont blanches… blanches,
Et le soleil, un verger au couchant.
Je suis une orange spoliée.
Pourquoi t’échappes-tu de mon corps ?
Quand je ne requiers du pays des couteaux et du rossignol
Que le mouchoir de ma mère
Et des raisons de mourir encore.
Douce pluie d’un automne triste.
Les rendez-vous sont verts… verts,
Et le soleil est de glaise.
Ne dis pas : Nous t’avons aperçu dans le trépas du jasmin.
Mon visage était un soir,
Ma mort, un nouveau-né.
Et je ne requiers de ma patrie qui a oublié l’accent des absents
Que le mouchoir de ma mère
Et des raisons de mourir encore.
Douce pluie d’un automne lointain.
Les oiseaux sont bleus… bleus,
Et la terre est en fête.
Les oiseaux se sont envolés vers un temps qui ne reviendra pas,
Et tu voudrais connaître mon pays
Et ce qu’il y a entre nous ?
— Ma patrie est une jouissance sous le joug.
— Mon baiser a été envoyé par la poste,
Et je ne requiers de la patrie qui m’a occis
Que le mouchoir de ma mère
Et des raisons de mourir encore.


Poème de 1969. Mahmoud Darwich.
Recueil : « La terre nous est étroite ». Ed. Gallimard


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