Natalité et le monde…

Il paraît qu’il faut faire des gosses pour maintenir la population française et payer nos retraites.

Début 2024, Macron appelait au « réarmement démographique » et, en juillet dernier, Catherine Vautrin a annoncé une série de mesures pour encourager la procréation (congé de naissance, entre autres).

Bizarrement, sur ce sujet, c’est l’union sacrée : pas touche aux marmots ! Personne ne l’ouvre, à part peut être Sandrine Rousseau, qui n’est généralement pas avare de conneries, mais à qui il faut rendre hommage pour avoir déclaré : « On n’a pas besoin, pour notre système économique, d’avoir plus d’enfants, et je le dis en tant qu’économiste. »

Il fut un temps où seules les franges les plus traditionalistes faisaient l’apologie de la natalité, mais aujourd’hui, plus grand monde n’ose en débattre. Avec 1,6 enfant en moyenne par femme, alors qu’il en faudrait 2,1 pour renouveler la population, la France a peut-être besoin d’enfants (et encore, ça se discute…), mais la planète dans son ensemble, certainement pas.

Rappelons que la population humaine était d’environ 1 milliard en 1800, qu’elle est passée à 2 milliards en 1930, à 3 milliards en 1960, à 8 milliards aujourd’hui, et on estime qu’il y aura 10 milliards d’humains dans le monde en 2100. Soit une multiplication par 10 en trois siècles ! Tous ces gens auront besoin d’énergie (forcément plus ou moins polluante), détruiront des espaces naturels et produiront des montagnes de déchets. Difficile de croire que cela n’a pas d’effets sur le bilan carbone, le déclin de la biodiversité et la pollution.

Et cependant, même chez les écolos, la plupart du temps, soit on botte en touche, soit on affirme qu’il n’y a pas de problème de surpopulation.

Par exemple, le site de Greenpeace résume bien l’opinion majoritaire dans un article intitulé « Le « contrôle de la population mondiale », une idée aux origines racistes », au motif que « les émissions par habitant de l’hémisphère Sud sont bien moins élevées que celles du Nord ». Même logique sur le site écolo Reporterre, dans un texte titré « La surpopulation, un mythe », qui explique que « le problème […] ce n’est pas le pauvre, c’est le riche ».

La question du nombre d’humains que la terre peut supporter était pourtant très débattue dans les années 1970. Mais aujourd’hui, ceux qui osent l’évoquer sont vus comme de ringards malthusiens (du nom de l’économiste et théoricien de la surpopulation Thomas Malthus). Michel Sourrouille, membre de l’association Démographie responsable (demographie-res-ponsable.fr), témoigne du mépris de nombreux écologistes : « J’ai sollicité un stand pour les journées d’été des Verts, mais je n’ai pas reçu de réponse. On a souvent l’impression d’être considérés comme des racistes qui seraient contre les pauvres. »

Ceux pour qui l’explosion démographique n’est pas un problème s’appuient sur le fait que ce sont surtout les riches qui polluent. C’est exact : les 1 % les plus riches génèrent autant de CO2 que les deux tiers les plus pauvres. Il est vrai aussi que les plus forts taux de natalité sont constatés en Afrique et dans certains pays d’Asie, comme l’Inde et l’Indonésie. Mais suffirait-il de réduire le niveau de vie des Occidentaux pour sauver le monde ? Cet argument est valable à condition que les pauvres restent pauvres.

Or c’est oublier que ceux-ci n’aspirent qu’à une chose : s’enrichir. Et c’est bien légitime. Mais si les miséreux élèvent leur niveau de vie, que se passera-t-il ? Eh bien, ils pollueront autant que les actuels riches, et même davantage, vu qu’ils seront plus nombreux.

D’ailleurs, c’est ce qu’exprime le concept de « jour du dépassement », au-delà duquel la consommation de l’humanité dépasse ce que la terre peut produire et régénérer en une année. En 2025, l’ONG Global Footprint Network a calculé que c’était le 24 juillet. Et elle ajoute que «si tous les humains consommaient comme les Français, le jour du dépassement aurait lieu le 19 avril ».

Et des loqueteux qui voudraient consommer, il n’en manque pas. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en 2023, 800 millions de personnes ne mangent pas à leur faim et 675 millions n’ont pas accès à l’électricité.

Comment leur apporter ce confort élémentaire sans bousiller encore plus la planète ? Ceux qui répètent comme un mantra qu’il suffixait de réduire le gaspillage des riches (et qui, par ailleurs, sont généralement des Occidentaux repus qui jouissent des avantages du confort moderne) ne se posent pas la question.

Si on veut en parler sereinement, il faut plutôt se tourner vers les scientifiques. Comme le démographe Jacques Véron, auteur de Faut-il avoir peur de la population mondiale ?(éd. Points), pour qui l’accroissement de la population « est un démultiplicateur des problèmes écologiques » : « On ne peut pas dire quel serait le meilleur effectif de population pour la terre. Des estimations ont montré que la planète peut nourrir 10 milliards d’humains, mais la question, c’est comment ? Est-ce qu’on peut le faire avec des méthodes respectueuses de l’environnement ? De plus, les estimations ont été faites pour la nourriture, alors qu’il n’y a pas que ça dans l’impact environnemental. Il faudrait aussi prendre en compte le CO2 ou la déforestation, or cela n’a jamais été étudié. On ne peut pas dire que la démographie n’intervient pas dans ces problèmes ».

À propos du changement climatique, prenons simplement la France : elle comptait 42 millions de personnes en 1950, contre 68 millions aujourd’hui. Une population à la fois plus nombreuse et qui consomme toujours davantage. Comment prétendre que le bilan carbone de notre pays n’est pas lié au nombre d’habitants ?

En fait, on peut considérer que l’impact d’une population sur l’environnement dépend de trois

choses : le nombre de personnes, leur niveau de vie et les technologies utilisées. S’il y a beaucoup de pauvres, ils ont relativement peu d’impact sur l’environnement. Toutefois, s’ils se développent, d’un côté ils font moins d’enfants (notamment parce que les femmes ont davantage accès à l’éducation et à la contraception), mais, de l’autre, ils consomment davan­tage et donc polluent plus.

Ce qui fait dire à Jacques Véron que « pour l’impact sur l’environnement, ce n’est pas mieux, car ce qu’on gagne avec la baisse de population, on le perd avec l’augmentation de la consommation ». De plus, le développement peut amener des technologies encore plus polluantes : « C’est le cas, par exemple, pour les déchets, car dans une popu­lation pauvre, il y a davantage de recyclage, alors que dans une population riche on a tendance à moins recycler, par exemple en utilisant des matières plastiques. »

À moins de souhaiter que les fauchés restent fauchés, on ne peut pas occulter la relation entre population et pollution. Pourtant, ceux qui militent pour une démographie maîtrisée sont généralement stigmatisés. Michel Sourrouille en a l’habitude : « Nos adversaires disent qu’on voudrait des stérilisations obligatoires, comme en Chine. Ils nous accusent de vouloir aller vers le totalitarisme, et c’est une façon de clore le débat. »

Néanmoins, il y aurait, justement, de quoi débattre. Tenez, par exemple, à propos du vieil argument des retraites, Michel Sourrouille dénonce un cercle vicieux, car « on dit qu’il faut plus d’enfants pour payer les retraites, mais celafera aussi plus de retraités à l’avenir, et il faudra encore plus d’enfants pour payer ces retraites. Cela ne résout rien à long terme ».

Bien sûr, on peut comprendre qu’il faut renouveler la population. Mais plutôt que de chercher à l’accroître toujours davantage, il serait plus raisonnable de la stabiliser. Or ce n’est pas le cas. La population mondiale augmente actuellement de 1 % par an…, ce qui conduit à un doublement de population en soixante-dix ans. Certes, il paraît qu’elle plafonnera à 10 milliards d’humains vers 2100, mais ce n’est qu’une projection, et on n’en est pas là.

En attendant, on ne peut pas se contenter de balayer la question sous prétexte que la majorité des humains sont des pauvres qui ne polluent pas. Il faut d’abord se battre pour un monde moins pourri, où ils accéderaient au confort moderne.

Et c’est là que ça risque de coincer. Pour éviter de complètement saccager la planète, il ne suffirait pas que les riches polluent moins, il faudrait aussi que les actuels démunis ne se développent pas sur le même modèle. Sauf qu’on n’en prend pas le chemin, vu que les riches ne veulent rien lâcher et que les pauvres rêvent de les imiter.

Qu’il y’ait surpopulation ou pas, on ne peut nier l’effet de masse : plus il y a de pollueurs, plus ils polluent, c’est mathématique. Difficile d’espérer réduire le bilan carbone de l’humanité en étant toujours plus nombreux. Le problème de la terre, c’est d’abord qu’elle est peuplée de sagouins. Mais aussi, qu’il yen a beaucoup trop.


Antonio Fischetti. Charlie Hebdo. 03/09/2025


Une réflexion sur “Natalité et le monde…

  1. bernarddominik 09/09/2025 / 8h25

    C’est une fuite en avant de l’humanité très dangereuse. Toujours plus de consommateurs pour toujours plus de consommation. Ça ne peut durer éternellement, car il n’y a pas de nouveau continent à piller. Pour les retraites, il faudra admettre que vivre plus longtemps c’est aussi travailler plus longtemps. N’en déplaise aux syndicats ouvriers. Quant à la répartition des richesses, il faudra que les gouvernements revoient la répartition de la valeur ajoutée entre travail et capital parce que le toujours plus pour le capital à chaque fois moins pour le travail ne peut durer. Mais il y a un mouvement de re-répartition des richesses dans le monde qui débute et il n’est pas en faveur des occidentaux.

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