Comment l’organisation internationale censée être la vigie humanitaire du monde est devenue impuissante.
Le 30 novembre 1939, l’Armée rouge envahit la Finlande sans déclaration de guerre préalable, avec 21 divisions totalisant 450 000 hommes. La Société des nations (SDN) décide l’exclusion de l’Union soviétique de ses rangs le 14 décembre 1939.
Ce fut la dernière décision politique de la SDN avant son effacement définitif par la Seconde Guerre mondiale. À chaque fois que l’ONU perd un peu plus le nord, à chaque absurdité qui émane de l’institution née sur les ruines de l’Europe, je repense à la chute de la SDN, qui n’avait été bonne à rien, mais qui a au moins réussi son chant du cygne.
Voir Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, faire la tournée des pires autocrates est toujours une déchirure morale — à sa dernière sortie à Tianjin, pour le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai, où il a pu serrer les pinces de Xi Jinping, de Pouline, du président de la mollahrchie Pezeshkian ou du néosultan Erdogan, je me suis dis que, s’il est normal de causer à tout le monde, même aux pires, il n’est pas obligatoire de rester pour la photo.
S’il est dans l’ordre de l’évolution (bienvenue) que toutes les voix aient leur mot à dire à la table du monde, il n’est pas nécessaire, au prétexte, pourtant louable sur le papier, de la rotation automatique, d’accepter l’absence de critères de respect des droits de l’homme pour les postes de direction qui jouent alors systématiquement en faveur de la prééminence des équilibres géopolitiques.
Et pas n’importe quelles valeurs : l’élection de l’Arabie saoudite, à l’unanimité de ses 45 membres, au poste de président de la Commission de la condition de la femme de l’ONU en mars 2024; en janvier 2003, la Libye de Mouammar Kadhafi élue à la présidence de la Commission des droits de l’homme par 33 voix pour, 3 contre et 17 abstentions ; le Conseil des droits de l’homme rejetant par 19 voix contre 17 une motion occidentale demandant un débat sur les violations des droits de l’homme au Xinjiang contre les Ouïghours, malgré un rapport de l’ONU évoquant de « possibles crimes contre l’humanité »; depuis 2015, l’Assemblée générale a adopté 155 résolutions contre Israël.
Dans la même période, on ne compte aucune résolution contre la Chine, Cuba ou le Venezuela, et pourtant. On compte 8 résolutions, seulement, contre la République islamique d’Iran ; 24 contre la Russie, une blague ; 10 contre les États-Unis, équilibre des forces. Depuis 1948, le Conseil de sécurité a adopté 229 résolutions concernant Israël, portant sur la colonisation, le statut de Jérusalem et le retour des réfugiés palestiniens.
Selon le journal israélien Haaretz, entre 1947 et 2002, Israël. a « violé 32 résolutions », le plaçant au 1er rang mondial devant la Turquie (24 résolutions violées) et le Maroc (17 résolutions violées). Avec plus de 50 % de toutes les résolutions du Conseil des droits de l’homme, 86 % des condamnations de l’Assemblée générale (2012-2015), et 100 % des résolutions spécifiques de l’Unesco, Israël fait l’objet d’une focalisation de toute évidence obsessionnelle qui dépasse largement celle dirigée contre tous les régimes autoritaires réunis et dont le résultat est la perte de crédibilité d’une organisation internationale censée être la vigie humanitaire du monde.
Un jour, on se demandera comment l’ONU est morte. Comment, devenue sourde et muette devant tous les crimes contre l’humanité par crainte de déséquilibrer le monde, elle a occulté une partie du monde inflammable ; comment le poids de l’argent autant que la peur fébrile de l’opinion des réseaux sociaux a irrigué les couloirs des organisations internationales, la rendant impuissante et nocive pour elle-même.
De quoi l’Occident est-il dorénavant le nom ? Avec son entêtement à ne voir la Chine que comme l’usine du monde, incapable d’innovation, l’Occident est à la traîne technologique. À force de n’être que dans la relecture inclusive et culpabilisée du passé, il en oublie l’avenir et, à ne vouloir être qu’une vitrine du « bon » camp, l’Occident se regarde mourir dans le miroir de l’ONU agonisant.
Edito Abnousse Shalmani. Le Point. N° 2772. 11/09/2025
L’ONU dépend trop des USA et avec Trump anti ONU, ses finances sont en berne.
De plus le conseil de sécurité avec des droits de veto pose un problème de gouvernance : si 5 états peuvent dire non à une décision de 200 états quel sens garde l’ONU ?