… va-t-elle être placée sous tutelle ?
La situation économique du pays est-elle mauvaise, très mauvaise ou catastrophique ? Dur à suivre… Stéphane Ménia, professeur d’économie, nous aide à y voir un peu plus clair.
CHARLIE HEBDO : Les petits bonshommes du FMI s’apprêtent-ils à débarquer en France comme hier en Grèce ?
Stéphane Ménia : Ce n’est pas pour tout de suite, et pas avant un bon moment. Éric Lombard souffle le chaud et le froid, car, d’un point de vue politique, s’il veut essayer de sauver son gouvernement, il a tout intérêt à dramatiser la situation. D’un point de vue économique, en revanche, il n’a pas intérêt à en faire trop, car il risque d’affoler les agents économiques et d’aggraver la situation.
Mais alors, à quel point la situation budgétaire est-elle
Inquiétante ?
C’est vrai, l’évolution de la dette n’est pas bonne, et elle n’est pas bonne depuis plusieurs années. Mais il serait faux de dire qu’elle est dramatique. Regardons d’un peu plus près son niveau. On entend tout le temps : « Vous vous rendez compte, le service de la dette, c’est le premier poste du budget de l’État ». On est aux alentours de 60 milliards d’euros d’intérêts annuels. Mais pris en valeur absolue, ça ne veut rien dire. Quand on rapporte cette somme au PIB, on voit qu’on dépense 2 % du PIB pour rembourser les intérêts de la dette. En 2000, c’était 3 %. À l’époque, avec, une dette significativement plus faible, on avait pourtant davantage d’intérêts à payer.
Quant au niveau de la dette lui-même, il est de 3 345 milliards, quand les États-Unis ont actuellement un endettement record de 36000 milliards… À un instant donné, le niveau de la dette n’est finalement pas très important. Ce qui compte, c’est ce qui va se passer après.
C’est-à-dire ? Concrètement, si des économies ne sont pas
faites, que risque-t-on vraiment ?
Si on laisse le déficit au niveau où il est ce jour, la dette va continuer à croître à un rythme assez soutenu. Au fur et à mesure que les contraintes économiques vont augmenter, les investisseurs vont penser que l’État ne remboursera pas, et vont exiger des intérêts plus élevés. Et plus les intérêts seront élevés, plus le déficit va se creuser, et la dette continuer à augmenter. C’est l’effet boule de neige. Mais tout ça, c’est sans tenir compte de la croissance. Car si le taux de croissance de l’économie passe de médiocre, comme actuellement, à, soyons fous, 5 %, alors, à ce moment-là, mécaniquement, on obtient des rentrées fiscales plus importantes. Une croissance forte entraîne aussi une baisse des dépenses, sociales notamment, puisqu’il y a moins de chômage. Dans ce cas de figure, si la dette continue à s’alourdir, elle représentera une part du PIB moins importante avec un taux de croissance fort.
Et où en est-on, niveau croissance ?
Plutôt dans une mauvaise passe, que ce soit sur le long ou le court terme. Comme l’Europe de manière générale, qui a un taux de croissance nettement plus faible que dans le passé. On est dans une période difficile à cause du contexte global d’incertitude, particulièrement politique. Les agents économiques ne savent pas ce qui va se passer, et les entreprises et les ménages réduisent leurs dépenses. Ce que ça veut dire, concrètement, c’est que c’est l’incertitude entraînée par la dissolution ratée d’Emmanuel Macron et le désordre international qui grèvent aujourd’hui l’économie française.
Propos recueillis par Jean-Loup Adénor. Charlie Hebdo.03/09/2025
L’avis de R.B.
Les agissements erratiques de M. Macron et les propos irresponsables de M. Bayrou pèsent plus sur les taux d’intérêts des emprunts de la France que la situation réelle de ce pays !
D’ailleurs ces emprunts sont couverts, par les investisseurs plusieurs fois, par rapport aux sommes demandées !
Regardez le taux d’endettement de l’Italie, car aujourd’hui pour certains, c’est la référence !
Prenons le niveau d’endettement des entreprises et des ménages en France et dans d’autres pays !
Les différents psychodrames sociétaux et économiques conçus, notamment avec la guerre en Ukraine, pour faire taire toutes les velléités de résistances, sont insupportables.
Cessons de se flageller et mettons fin à ces gouvernements de paille et de leurs comparses.
RBLAPLUME
L’avis de B.H.
Je suis un peu surpris que Stéphane Ménia n’ait pas parlé de l’évolution du taux d’emprunt qui est passé à 3,5% ce qui, sans endettement supplémentaire, amènera la charge de la dette à 117 milliards annuels au lieu des 70 actuels (et non 60).
Je rajouterai que les 5,4% de déficit du budget Bayrou font 180 milliards de dettes supplémentaires soit 6,3 milliards d’agios annuels de plus.
L’évolution des taux et le rythme d’accroissement de 5% par an vont dans 5 ans monter la dette à 4200 milliards et la charge de la dette à 150 milliards. Insoutenable puisque ça représente le tiers du budget de l’État, hors social pour lequel le déficit n’est que de 16 milliards et pourrait être facilement résolu en reportant au privé les arrêts de travail.