Une excellente chose, mais pourra-t-il « traquer »
vraiment jusqu’aux plus hautes instances de l’État ?
La chute de François Bayrou ne devrait pas empêcher l’ancien député socialiste de l’Aisne de mener à bien la mission confiée par le Premier ministre démissionnaire sur le train de vie du personnel politique.
Signée le 3 septembre, la lettre de mission lui fixe un objectif : faire la transparence sur les moyens et les privilèges, jugés par certains excessifs, alloués « aux membres du gouvernement, y compris à l’issue de leurs fonctions, les membres de leur cabinet, les parlementaires et les principaux élus locaux ».
Cette opération vérité devra notamment se fonder sur une comparaison avec ce qui se pratique dans « les autres démocraties européennes », les autorités et établissements publics, mais aussi « les grandes entreprises ».
Auteur de rapports sur les dépenses de la présidence de la République et le régime indemnitaire des élus locaux, René Dosière, qui a créé l’Observatoire de l’Éthique publique justement pour formuler des propositions aux gouvernants, pourra s’appuyer sur le travail d’un magistrat de la Cour des Comptes et de plusieurs universitaires mis à sa disposition.
Leur rapport devra être déposé le 1er décembre sur le bureau du prochain Premier ministre.
Caroline Michel-Aguirre. Le Nl Obs. N° 3182.11/09/2025
Gabriel Attal début 2024, puis Michel Barnier, François Bayrou l’hiver dernier… quatre gouvernements en un an et demi, et autant d’avantages accordés aux différents ministres. Alors, dernier nommé à Matignon, Sébastien Lecornu veut limiter les frais pour donner l’exemple et réaliser des économies.
Quels avantages pour les ministres ?
Dans le détail, chaque ancien ministre voit son salaire maintenu pendant trois mois, le temps de rebondir. Pour les anciens premiers ministres, c’est un peu plus : un véhicule avec chauffeur et un secrétariat particulier pendant dix ans. Une limite de temps qui ne s’applique qu’aux premiers ministres passés à Matignon après 2019.
Résultat, Édith Cresson, Lionel Jospin, Jean-Pierre Raffarin ou François Fillon ont coûté 150 000 euros à l’État l’année dernière, jusqu’à 207 000 euros par an pour Dominique de Villepin, qui s’est dit ouvert à une révision de ses avantages.
« Moi, je suis pour la suppression de toute forme de privilèges et je trouve tout à fait normal que les premiers ministres donnent l’exemple« , s’était exprimé ce dernier le 14 septembre sur M6. Au total, les anciens premiers ministres coûtent à l’État 4,5 millions par an. Un coût parfois indispensable pour assurer leur sécurité, notamment.
« La protection policière n’est là que si elle est nécessaire et, donc, si on la considère comme nécessaire, c’est qu’il y a une raison. De l’autre côté, l’indemnité est également relativement nécessaire pour quitter la fonction« , détaille Benjamin Morel, maître de conférences en droit à Paris Panthéon-Assas. En début d’année, le Sénat avait adopté un amendement supprimant ces avantages contre l’avis du gouvernement, amendement finalement rejeté en commission.
Entre le rapport de Dosiere et ce que fera Lecornu, il faut s’attendre au pire.
Lecornu ne touche pas aux privilèges présidentiels, et les parlementaires ne le laisseront pas toucher à leurs privilèges, quant aux hauts fonctionnaires qui peuvent cumuler fonctionnariat et avantages des cadres supérieurs du privé, il ne changera rien.
Tout ça, c’est de la poudre aux yeux