C’est l’autre « phénomène des bassins ».
Dans les piscines olympiques, il y a Léon Marchand, dans les piscines municipales, il y a les voyeurs. Sujet d’été, soleil, baignade et crustacés, direz-vous. Pas vraiment.
Depuis qu’en avril. dernier la journaliste Laurène Daycard a raconté dans un post Instagram avoir pris en flagrant délit un « gringalet en slip de bain proche de la quarantaine » en train de la filmer à son insu alors qu’elle se changeait dans une cabine de la piscine Georges-Hermant dans le19e arrondissement parisien, les signalements affluent, et les plaintes se multiplient.
Au point que la Mairie de Paris a décidé de mettre en place un protocole spécifique assorti d’une campagne d’information – et de rebouchage de trous dans les vestiaires…
Bien évidemment, ce voyeurisme ne se limite pas à ta capitale et à sa banlieue. Ni même aux Lieux de baignade. Partout où une femme est susceptible de se déshabiller pour enfiler un maillot de bain ou essayer un vêtement, elle court te risque d’être épiée, et désormais filmée et « partagée » sur les réseaux sociaux.
La plupart en ont bien conscience, d’ailleurs, et développent des stratégies de prévention que l’on retrouve en boucle dans tous tes témoignages : regarder par-dessus et par-dessous les portes et les cloisons des cabines, partir à la recherche d’un ou de plusieurs trous judicieusement aménagés, accro cher serviette, manteau, pantalon sur les parois pour les occulter, voire smâcher du chewing-gum pour les obstruer…
De quoi bien pourrir la vie et le plaisir de la trempette en eau salée ou chlorée. Surtout quand, une fois dans le bassin, un type vous colle pour lorgner votre entrejambe quand vous nagez la brasse… Oui, ça arrive aussi.
Lorsque ce type d’agression sexuelle est rapporté par Les médias, c’est généralement dans la rubrique « faits divers ». Mais le terme approprié serait plutôt « faits de société ». Faits loin d’être isolés et qui ne datent pas d’hier ni même d’avant-hier. D’ailleurs, lorsqu’ils se retrouvent au commissariat ou devant un juge, les voyeurs pris l’oeil dans le sac ont souvent la même défense : plein d’autres hommes font la même chose, et ça a toujours existé. C’est vrai.
Parce que vues avant tout et en toutes circonstances par beaucoup, beaucoup trop d’hommes, comme des objets d’assouvissement pulsionnel et sexuel, les femmes ont toujours dû se méfier des trous de serrure. Mais, d’abord, ce n’est pas une raison, ensuite, l’avènement d’Internet et la systématisation des téléphones portables avec caméra intégrée ont bouleversé la donne.
Pourtant, le délit de voyeurisme n’est entré dans le Code pénal qu’en… 2018. Et, n’en doutons pas, essentiellement parce que la période voyait la montée en puissance de la « vague #MeToo » et de ses débats et prises de conscience.
Auparavant, cela ne suscitait la plupart du temps que ricanements, haussements d’épaules ou indifférence pas toujours polie. Au pire, l’auteur, s’il était identifié, s’en tirait avec une réprobation morale – désormais, c’est un an de prison et 15 000 euros d’amende, peine doublée si « des images ont été fixées, enregistrées ou transmises », ou si le délit est commis en groupe ou sur un mineur ou une personne vulnérable.
Cela fait donc seulement sept petites années que Les femmes se voient reconnaître le droit à une intimité pleine et entière, en particulier dans les endroits faits pour ça. Même s’il y a encore loin de la loi à la réalité quotidienne, ce n’est pas une mince victoire.
À plus forte raison dans un monde régi par la toute-puissance des réseaux sociaux, alors que la perception sociale — mais aussi individuelle — de ce qui relève ou non de t’intime se fait de plus en plus floue.
Gérard Biard. Charlie Hebdo
Pourquoi ne pas imposer de laisser téléphones apn et autres appareils au vestiaire?