Quand l’amitié se marchandise

On connaissait les applications pour rencontrer des amis, mais saviez-vous qu’il est désormais possible de « louer » un ami ?

En échange de quelques dizaines d’euros, une personne accepte de passer du temps avec quelqu’un pour se balader, aller au cinéma, randonner, pêcher ou simplement discuter.

Ce concept est courant dans des pays comme le Japon ou la Corée du Sud, où il est même possible de « louer » quelqu’un pour se rendre à un mariage ou une fête de famille. Il s’est exporté jusqu’aux États-Unis avec le site RentaFriend, FindAFriend et même.., en France.

En 2023, Oliver Génicot a créé Urfriendly pour « rendre l’amitié accessible à tous » en partant d’un constat : malgré notre société de plus en plus connectée, la solitude est un mal-être.
Selon un sondage de l’lfop réalisé en janvier 2025 avec l’association Astrée, 17 % se disent « toujours » ou « souvent » seuls.

20 euros l’heure d’amitié

Sur Urfriendly, pas d’application où l’on « like » des profils. Son fondateur promet « d’enlever le stress et la charge mentale » et de livrer un « temps d’amitié clés en main ».

Lorsqu’Oliver Génicot reçoit une demande pour une recherche d’ami, il va d’abord échanger avec la personne pour connaître ses envies, ses hobbies avant de trouver quelqu’un parmi les profils inscrits et disponibles pour donner de leur temps avec qui ça pourrait matcher. Le critère n’est pas forcément l’âge, mais plus le caractère et les points communs. Puis, il organise un appel en visio pour que les deux personnes puissent se parler avant de se rencontrer.

Pour 15 à 20 euros de l’heure, vous pouvez louer l’amitié de quelqu’un à la demi-journée ou la journée entière. Les bénéfices seront partagés entre le fondateur et la personne « louée ». Même s’il l’assure : « Mon but premier, ce n’est pas de faire du profit sur les gens, mais de créer des amitiés ».

« Le temps s’achète »

Derrière cette marchandisation, il voit plutôt « une solution pour lutter contre la solitude ». À propos du côté marchand, Olivier Génicot devance les critiques : « Le temps s’achète, parce que nous travaillons tous. Tous les jours, nous vendons notre temps à quelqu’un, à un patron, à un client. Cette solution, c’est un gain de temps, surtout pour les personnes anxieuses, qui ont du mal à sociabiliser », se justifie-t-il.

Pourtant, cette monétisation du temps et notamment d’une amitié soulève une question.
Pour Saverio Tomasella, docteur en psychologie et psychanalyste, la réponse est claire : « L’amitié, tout comme l’amour, ne peut pas être une valeur marchande. On peut vendre son temps pour passer un moment avec quelqu’un. Mais le fait d’appeler ça de l’amitié, c’est une perversion, un détournement de la réalité de ce qu’est réellement l’amitié. »

Ce système interroge plus largement sur la définition du mot amitié. « On ne peut pas acheter le lien affectif, ni une confiance envers quelqu’un, c’est quelque chose qui s’établit dans la durée. La relation commerciale évacue la magie, analyse Catherine Krebs, vice-présidente de SOS Amitié, qui propose, gratuitement, un temps d’écoute aux personnes sollicitant l’association. Le mot « compagnie » conviendrait mieux, même si « amitié » est peut-être rassurant pour celui qui achète ce temps. »

Saverio Tomasella et Catherine Krebs s’accordent également pour remarquer que si ces offres existent, c’est qu’il y a une demande, et donc un sentiment de solitude bien ancré dans notre société.


Audrey Vermorel. Le Dauphiné 07/08/2025


2 réflexions sur “Quand l’amitié se marchandise

  1. bernarddominik 08/08/2025 / 10h08

    Débile

  2. raannemari 08/08/2025 / 17h45

    Acheter de « l’amitié » !

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