… de la position de la jeunesse à celle de la vieillesse…
Ce sont essentiellement les êtres primitifs et les jeunes qui font l’histoire du monde. Ils sont à l’origine du progrès et de l’accélération des choses au sens où l’entendait Nietzsche lorsqu’il écrivait, dans un style un peu théâtral : « Ce qui désire tomber doit y être aidé ».
Cependant, pour que l’histoire conserve quelques périodes isolées de paix, pour qu’elle demeure supportable, il est nécessaire de ralentir le cours des événements, de préserver le passé.
Ce rôle de contre-pouvoir revient, lui, aux hommes cultivés et aux personnes âgées. Même si l’homme tel que nous nous le représentons et tel que nous le rêvons emprunte d’autres voies que les nôtres, se transforme en bête ou en fourmi, notre devoir consiste toujours à ralentir ce processus.
Les forces militantes acceptent, même inconsciemment, l’existence de cette tendance contraire lorsqu’elles s’appliquent — bien qu’assez grossièrement – à défendre leurs entreprises culturelles entre la production et les haut–parleurs de la propagande.
Hermann Hesse. Recueil « Éloge de la vieillesse ». Ed. Calmann-Lévy. Ed Poche
Un avis de B.H.
On a oublié Herman Hesse, réfugié en Suisse, successeur de Thomas Mann. Anti nazi, on a dit l’auteur de Sidartha bouddhiste, son roman que j’ai préféré est Narcisse et Goldmunt.
Dans cet éloge de la vieillesse, il a bien résumé l’éternelle contradiction jeunesse-vieillesse. Et le rôle de la vieillesse tempérer les ardeurs, ramener notre réalité au réalisme.