Conscient que la droite a longtemps ignoré les questions environnementales…
… Paul de Breteuil, 24 ans, mène une jeune garde proche des Républicains, sur les réseaux sociaux et dans un think tank vantant une écologie « enracinée ».
Écologie responsable n’a pas tergiversé. À peine le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, avait-il annoncé sa candidature à la présidence du parti Les Républicains (LR), le 12 février, que le groupe de réflexion se fendait d’un communiqué le soutenant. « La vision portée par Bruno Retailleau rejoint le corpus de valeurs défendu par Écologie responsable : enracinement et renouvellement des idées », pouvait-on y lire.
Seulement, peut-on se revendiquer « écolo » et choisir Bruno Retailleau comme porte-étendard de ses convictions ? Élu le 18 mai à la tête de son parti, il s’est récemment signalé en réclamant l’arrêt du financement public des énergies renouvelables. Il s’est penché plus longuement sur la question dans un livre intitulé Aurons-nous encore de la lumière en hiver ? Pour une écologie du réel (éditions de l’Observatoire, 2021), dans lequel il défend « la synthèse d’une écologie intégrale et d’un écomodernisme protech », résume Le Nouvel Obs.
Une écologie technophile et procroissance
La réponse se trouve du côté de Paul de Breteuil, l’artisan de ce soutien. À 24 ans, cet ex-étudiant de l’EM Lyon Business School a été catapulté en janvier à la tête du think tank Écologie responsable. Celui-ci se veut le porte-parole d’une écologie de droite, qui se définit par sa confiance en la croissance et le progrès technique, estimant qu’ils sont les meilleurs moyens de lutter contre le changement climatique.
Auprès de Reporterre, le jeune homme, par ailleurs fondateur du « néomédia » Écolucide sur Instagram, assume sa volonté d’incarner un renouveau à droite, en recourant notamment aux codes et outils numériques.
« Je trouvais la génération climat un peu trop caricaturale, alors je voulais proposer une autre voix sur les réseaux sociaux », explique-t-il, arguant que « [sa] génération passe beaucoup de temps sur ces outils ». Le vingtenaire n’a d’ailleurs pas choisi sa plateforme au hasard pour diffuser son contre-discours : Instagram est souvent perçu par les militants de droite comme un espace dominé par la gauche, notamment sur l’écologie.
« Le Squeezie de l’écologie à droite »
C’est ce positionnement qui a séduit Antoine, étudiant de 21 ans en sciences de l’environnement : « Écolucide me permet de lire un discours recherché qui offre une nouvelle position par rapport à l’écologie. » Comme lui, 23 000 utilisateurs d’Instagram suivent ce compte et lisent ses publications, traitant de sujets variés tels que la défense de la tauromachie — qui « éclairerait l’homme sur la valeur de la vie » — ou les transports, pour dénoncer « la normalisation de l’avion » et le manque d’investissement de la France dans son réseau ferroviaire.
Paul de Breteuil et son équipe bénévole n’hésitent pas à se saisir des codes des créateurs de contenus sur internet, publiant des stories face caméra et organisant des rencontres avec leur communauté. « Paul de Breteuil est le Squeezie [l’une des personnalités les plus suivies sur internet] de l’écologie à droite, dit Basile Imbert, doctorant en science politique au Centre d’études politiques et sociales à l’université de Montpellier, dont la thèse porte sur cette tendance verte à droite. Même s’il n’est pas vraiment un influenceur, il a réussi à créer un lien avec ses abonnés. »
Surnommés les « lucioles », ces derniers se retrouvent également sur la messagerie Discord, aussi utilisée par les jeunes écologistes de gauche. « Le lien avec la communauté permet de se sentir utile et incorporé à un groupe, de parler d’écologie dans la vraie vie et d’avoir un autre regard par rapport à quelqu’un qui va suivre seulement le discours de Camille Étienne », explique Vincent, 27 ans, « luciole » depuis 2021.
Un logiciel écologiste pour les partis de droite
Cette nouvelle caste de militants en ligne ambitionne de reprendre dans son giron un terrain politique longtemps labouré par la gauche et ignoré par la droite. Son objectif est clair : à l’approche des élections municipales de 2026, fournir clé en main un logiciel écologiste aux partis de son camp, à commencer par Les Républicains.
Paul de Breteuil a en effet beau affirmer qu’« Écologie responsable ne roule pas pour un parti politique » — « nous ne sommes pas dans une logique de sous-traitance idéologique », clame-t-il — et que son think tank s’adresse plus largement à « la grande famille de la droite et du centre », il affiche surtout une proximité avec LR. C’est ce que laissait augurer le CV de son fondateur, Ferréol Delmas, ancien président des Jeunes LR de la Sorbonne et référent sur les questions écologiques dans la campagne de Michel Barnier pour la primaire de 2022.
L’actuel président de ce « réservoir à idées », Romain Naudin, a dirigé l’antenne universitaire du parti de droite à l’université Panthéon-Assas, tandis que Rudi Valente, son directeur général adjoint, est conseiller communication du groupe Les Républicains au Sénat depuis décembre. Plus proche de Bruno Retailleau, on trouve aussi Pierre Vitali, ancien porte-parole d’Écologie responsable devenu en octobre conseiller élus, territoires et affaires réservées du ministre.
« Une écologie qui ne renie pas le marché et le capitalisme, opposée à l’écologie politique »
Si ces hommes ne traitent pas directement d’affaires environnementales au quotidien, leur rapide ascension dans l’appareil politique des Républicains témoigne de la facilité avec laquelle pourrait infuser cette « écologie de droite » au sein du parti. Cette dernière se marie d’ailleurs parfaitement avec les fondamentaux des militants retaillistes.
« C’est une écologie qui ne renie pas le marché et le capitalisme, qui se veut pragmatique et s’oppose à l’écologie politique », analyse Basile Imbert. Revendiquant une filiation gaulliste, elle défend le nucléaire et fustige les « dérives » de la gauche, parfois jugée responsable de la montée du climatoscepticisme en raison de position trop radicales et alarmistes.
Frontière floue avec l’extrême droite
Cette vague écologiste droitière ne s’arrête pas au seuil de la maison LR. Contactés par Reporterre, plusieurs membres de la communauté d’Écolucide font état d’une certaine proximité du « néomédia » avec l’extrême droite. Au sein de la rédaction bénévole, on trouve en effet Alexandre de Galzain, journaliste pour l’émission « Ligne Droite » sur Radio Courtoisie et ancien rédacteur en chef du magazine d’extrême droite Frontières.
Sur Instagram, celles et ceux qui suivent ou partagent le média sont d’ailleurs nombreux à afficher une telle sensibilité. C’est le cas d’Inès, 25 ans, qui a découvert Écolucide par le biais de republications de Gonzo News, un compte matrice de l’extrême droite en ligne. « Écolucide offre une approche plus réaliste et rationnelle, une écologie moins idéalisée qu’à gauche », considère-t-elle.
En août 2024, il s’était même retrouvé directement associé à d’autres acteurs de l’extrême droite sur Instagram à l’occasion de la suspension par Meta de plusieurs comptes, dont le sien et ceux de Frontières, d’Occidentis, un média d’extrême droite spécialisé dans les faits divers, et d’Alice Cordier, cheffe de file du collectif identitaire autoproclamé féministe Némésis. « Je les ai personnellement soutenus », fait savoir Paul de Breteuil, précisant qu’il n’est « pas nécessairement aligné sur toutes les positions des comptes concernés ».
Le 3 juin, le militant a toutefois entrepris de clarifier ces « positions », en partageant une vidéo dans laquelle Julien Rochedy recommandait à ses abonnés de suivre le compte Instagram d’Écolucide. Et le média de saluer en retour le « travail » de l’ancien patron du Front national de la jeunesse, connu en ligne pour sa propagande masculiniste et désormais propagateur d’une écologie d’extrême droite ethnodifférentialiste.
Il faut dire qu’« il existe des convergences entre les idées écologistes de droite et d’extrême droite », comme l’usage commun du terme « enracinement », note Antoine Dubiau, doctorant en géographie à l’université de Genève et auteur de l’ouvrage Écofascismes (éditions Grevis, 2022). Si ces deux sphères l’emploient différemment, elles mettent toutes deux un point d’honneur à défendre une vision localiste de l’écologie, fondée notamment sur la préservation du patrimoine et des identités régionales.
D’ailleurs, chez Écologie responsable aussi, il est arrivé que le cordon sanitaire avec l’extrême droite se déchire. Comme l’a révélé Libération en septembre 2024, le Rassemblement national (RN) a recruté Corentin Jousserand, ancien membre du think tank. « La direction de l’époque a décidé de résilier son contrat de chercheur associé dès que le think tank a appris son arrivée au RN », balaye Paul de Breteuil, comme pour certifier que la frontière restera toujours étanche.
Aurélien D. et Louise M. Reporterre. Source (lecture libre sous condition)
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