Je vous aimais déjà quand j’étais un enfant.
Je me tenais, alors, devant vous, étouffant
Un je ne savais quoi d’étrange,
Quelque chose à la fois, et d’amer et de doux ;
J’aurais voulu pouvoir vous servir à genoux
Vous me faisiez l’effet d’un ange.
Plus tard je vous ai vue, avec des airs vainqueurs,
Dans le monde, entraînant après vous tous les cœurs,
Passer triomphante et sereine ;
Mais je suis demeuré sous le poids du respect,
Ému, ravi troublé, muet à votre aspect :
Vous me paraissiez une reine.
Enfant, je ne savais, homme, je me suis tu
Par crainte d’effleurer d’un mot votre vertu :
Les amours profonds sont timides.
Ils sont constants de même, et le divin Platon
Nous l’a montré jadis, puisqu’il aima, dit-on,
Archaenassa malgré ses rides.
J’ai de la neige au front, j’ai moins de lendemains
Voulez-vous, à présent, me tendre les cieux mains,
Pour que j’y mette les deux miennes ?
Nous pourrons vivre, ainsi, dans le beau soir doré,
Tout en nous enivrant de ce parfum sacré
Qu’exhalent les choses anciennes.
La lumière est charmante aux lueurs du couchant,
La voix de l’être y prend un accent plus touchant,
Et puis le temps n’est rien ; une heure
Enferme, bien souvent, plus de félicité
Qu’un cycle sans amour dans son immensité :
Elle est plus longue, elle est meilleure.
Claudius Popelin. Éd. 1889. Recueil poésies complète. Éd. Hachette/BNF