Cirque

Pantin tourneboule et funambule à la corde d’acier au cirque un soir sous chapiteau.
Nez pourpre et falbalas en prise à la vie sonore d’un piano qui se rompt et d’un jeune et bluesy saxophoniste assis…
Des nœuds serrés au filin du cœur se laissent glisser à plat ventre au sol d’une cage à moineaux qui tourne.
Un clown en trop large futal frétille et tortille des fesses en godasses éculées à moitié dégingandées, à demi de guingois, et bien trop longues pour ses échasses à ressort.
Noël au cabaret passe, emportant quelques bougies de quartz au ballon poussé vers le haut du cracheur de feu tout à fait faussement coléreux.
Tout rond écarquillé, l’œil d’un enfant de huit ans, au bord de la fosse, pétille !
L’éléphant saisit l’auguste par la manche et le pied au bout de sa trompe dans un dernier tour de piste pour saluer l’auditoire.
Au balancier tout en haut dans la pointe de l’habitat éphémère, une perruche blanche et un lapin tout gris s’éclatent la rate d’en rire aussi.
Les lions et les tigres s’en payent une tranche à circuler derrière les grilles et les barreaux, quand le jongleur noir expert fait tourner ses tissus légers de couleurs vives sortant d’un chapeau improvisé, qui aussitôt disparaissent.
Puis la magie opère enfin quand un jaseur perroquet tire deux notes blondes de sa clarinette oblongue juste avant la descente à ses ergots, à l’aplomb vertical du fermé rideau rouge.
A rompre les gradins, les spectateurs ébahis applaudissent encore les artistes jaillissant un à un, venant saluer leur souligné épatant déplacé public.
Ainsi remonte à ma mémoire, petit doigt à l’oreille, un souvenir d’enfance et l’index debout à ma bouche, entre deux éclairs précis, d’une crème d’artiste célèbre, nommé Chocolat dans le film, un moment pensif d’ado encore tout étonné ce soir, d’en témoigner ici.


Gilles compagnon. Recueil : « Souffleur de vers, poseurs de prose ». Éd. J. Flament


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