Elias Rodriguez, 31 ans, originaire de Chicago, n’aura en rien contribué à la cause de ceux qui meurent à Gaza ou en Cisjordanie, victimes des actions militaires israéliennes.
En assassinant, à Washington, le 21 mai, deux employés de l’ambassade d’Israël aux États-Unis, en justifiant son double crime par des écrits dans lesquels il clame que « l’action armée » est la seule réponse « sensée » possible aux « atrocités commises par les Israéliens contre la Palestine », il démontre que les mots de l’antisionisme peuvent tuer.
Ce n’est pas parce que le gouvernement de Netanyahou le répète depuis des mois que c’est faux, la preuve : en vidant son chargeur au cri de « Palestine libre ! », en disant, face aux policiers qu’il « l’avait fait pour Gaza », le tueur a exprimé une revendication politique.
Une revendication qui mélange tout, puisqu’il impute ce qui se passe à Gaza aux Israéliens en général, comme si tous étaient unanimes, et qu’il essentialise « la Palestine », comme si son peuple parlait lui aussi d’une seule voix.
Les faits sont d’autant plus graves que Rodriguez est un militant politique, du moins il l’a été, et que ses sympathies vont à l’extrême gauche. Adolescent, Rodriguez semble avoir décidé de se battre contre les « guerres impérialistes » en s’engageant plus tard, vers 2017, dans une petite secte marxiste-léniniste pro-cubaine, le Parti pour le socialisme et la libération (PSL).
Rodriguez est latino, mais dans les colonnes du journal de ce parti, lorsqu’il critique Amazon et son implantation à Seattle, c’est pour fustiger le fait que la société de Jeff Bezos a « blanchi » la ville et n’a pas redistribué sa richesse à ses habitants afro-américains.
Rodriguez est donc une sorte de militant décolonial à la petite semaine, dont la principale contribution à la lutte contre le trumpisme est de permettre à celui-ci d’agiter le spectre d’un terrorisme venu de la gauche radicale. Le pire étant qu’aujourd’hui, on ne peut exclure, en Amérique comme en Europe, l’hypothèse qu’un individu venu de cette mouvance, gavé de stigmatisation des Juifs, persuadé que tout Juif est un Israélien et tout Israélien un génocidaire, commette un acte similaire.
L’acte terroriste, car c’en est un, même si le juge américain n’a pas retenu cette qualification, n’a pas été commis aux abords de l’ambassade israélienne, mais près du musée juif de la capitale fédérale. À ce stade, rien ne prouve que le tueur ait connu la qualité professionnelle de ses victimes, pas davantage leur nationalité. Près d’un musée juif, il ne peut y avoir que des Juifs, non ? Si ce sont des Juifs, ce sont à tout le moins des complices de la politique israélienne, voire des « agents » israéliens, non ?
Ce raisonnement, aussi vieux que le vieil antisémitisme, on le trouve aux deux extrêmes du spectre politique. Il prospère depuis le 7 octobre. Il a convaincu un tueur, quia visé un jeune couple de diplomates aux idées très modérées, semble-t-il, « coupables » uniquement d’avoir assisté à un événement sur la coopération humanitaire interreligieuse, notamment à Gaza.
Si les Juifs risquent leur peau pour cela désormais, c’est qu’ils ne sont plus en sécurité nulle part.
Si le tueur est un gauchiste et pas un suprémaciste blanc, allez expliquer aux Juifs, ici comme à Washington, que leur seul ennemi est l’extrême droite…
Ce qui s’est passé à Washington est un tournant dans l’histoire récente de la violence antisémite. Désormais, même à Paris, chaque fois que l’extrême gauche faillit à son devoir de maîtriser chaque mot de ses condamnations des actions israéliennes, elle prend le risque majeur qu’un écervelé se croie investi d’une mission de justicier, comme ces Européens qui, dans les années 1970-1980, servaient de petites mains à Septembre noir.
Jean-Yves Camus. Charlie Hebdo 28/05/2025.
Les écervelés sont effectivement le danger de la gauche, mais aussi de la droite. La bétise est une maladie qui ne se soigne pas.