Aidez-le à trouver une technique élégante pour rentrer chez soi.
Il est là depuis trop longtemps. Aidez-le à promener sa peine en plein jour avec délicatesse. Faites-le déconfire, qu’il retrouve la sève originale, le fruit qu’on a connu. Quel gâchis. C’était un super mec. Chantons, en son honneur. Jonglez, si vous le voulez bien, avec trois-quatre souvenirs enflammés de ses déboires majestueux.
Rentre maintenant, tout est encore à nettoyer. On peut laver beaucoup de choses ici, pas l’âme. Noyer, oui. C’est moins reluisant. Ça me fait penser à cette expression très personnelle que tu avais dans d’autres vies : « noyer le poisson ».
J’imagine l’aquarium d’un restaurant milieu de gamme empli de poissons-chats lestés de cailloux. Ça ressemblerait à des cerfs-volants de mer ou à des ballons captifs comme ceux qu’on offre aux enfants dans les fêtes foraines.
Arthur Teboul. Recueil « Le déversoir ». Éd. Seghers