La veuve consolée

Mon premier époux était brun,
je fus pris à ce piège ;
souvent je me levais à jeun
d’avec ce sacrilège ;
et jamais le défunt
n’en finit qu’un :
le bel époux de neige.

En seconde noce, un bourgeois
Que je crus un satyre,
Fut mon époux quatorze mois,
Et ne cessa de dire :
L’ordinaire bourgeois
Est de trois
Jugez quel pauvre sire !

En troisième noce, Tîrcis
Répara cette offense ;
Mes chagrins furent adoucis,
Mon coeur moins en souffrance :
Il allait jusqu’à six,
Le Tîrcis :
Et je pris patience !

Après ces trois, je pris Mazet,
Le fermier de ma tante ;
De son amour il m’embrasait,
Avec beaucoup d’entente.
Il allait jusqu’à sept,
Le Mazet ;
J’en fus assez contente !

Mon dernier est né sans esprit,
Et sans une pistole,
Ne pense point, il se nourrit ;
Son air lourd me désole ;
Mais il va chaque nuit
Jusqu’à huit
C’est ce qui me console !


Charles Collé. 1709 – 1783. Recueil « Anthologie de Marcel Béalu. – Poésie érotique ». Éd. Seghers


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