La morale dans les chaussettes

Les recherches récentes en sciences humaines sont unanimes…

… on assiste actuellement à une montée du masculinisme et de la misogynie chez les jeunes hommes. Les autorités pointent du doigt l’influence des écrans. Et en effet : où seraient-ils allés chercher tout ça sinon ?

Adolescence

La mini-série britannique en quatre épisodes bat pour le moment des records d’audience. Pour qui ne l’aurait pas vue, cette fiction est centrée sur un adolescent de 13 ans qui, influencé par des contenus masculinistes en ligne, a commis l’irréparable en donnant la mort à une jeune fille de son école.
Certes le sujet n’est pas très gai, mais il semble rencontrer les préoccupations des autorités éducatives. Peu après sa sortie en effet, l’Angleterre faisait le choix de se servir d’extraits comme outil de prévention et, ayant récemment obtenu les droits de diffusion pour les écoles, la France suivait le même chemin.

Porno Seconde actualité, qui a priori peut paraître éloignée de la « problématique adolescente », celle du récent blocage des sites pornographiques dans l’Hexagone. Dans les faits pourtant, le lien est réel, puisque c’est en raison d’un désaccord sur les moyens de limiter l’accès des contenus aux mineurs que le groupe Aylo – éditeur canadien de Pornhub, YouPorn et Redtube – a suspendu ses services pour la France.
Au centre de cette histoire donc, l’influence supposée de la pornographie sur la socialisation des adolescents, et notamment des jeunes garçons. Et dans ce registre, la prévention est plus difficile, la loi n’autorisant pas la diffusion de films pornographiques dans les écoles à des fins de « contextualisation ».

Faire écran

Ce qu’on ne peut s’empêcher de remarquer dans ces deux affaires, c’est l’incrimination des écrans, systématique dans les problématiques affectant « la jeunesse ». Délinquance ? Les écrans ! Incivilité ? Les écrans ! Échec scolaire ? Les écrans ! Phobie sociale ? Les écrans toujours !
Comme si lesdits écrans n’étaient en rien le reflet d’une réalité quelconque, comme si les contenus qu’ils proposaient tombaient littéralement de nulle part.
Plus ironique encore : dans le premier cas — la série Adolescence — les écrans sont successivement considérés comme la source de tous les maux, puis comme leur solution. N’est-ce pas au travers d’écrans en effet qu’on entend faire acte de prévention ?

Bons et mauvais écrans

Et si le sexisme, la misogynie, la violence à l’égard des femmes existaient ailleurs que sur les sites masculinistes et les vidéos pornographiques ? Prenons l’exemple du journal télévisé, programme réputé sans danger.
Entre les gesticulations viriles des présidents d’extrême droite, la potichisation des sujets féminins et la médiatisation quotidienne d’affaires de harcèlement sexuel ou de viol, l’adolescent lambda ne trouve-t-il pas une illustration éclatante des dynamiques à l’œuvre dans le porno et sur les sites masculinistes qu’il aime tant ?

Comment faisait-on avant ?

A systématiquement pointer du doigt l’influence des écrans, on en arrive à se demander comment les humains faisaient avant. S’agissant du patriarcat par exemple : comment ce modèle social est-il parvenu à s’imposer et – plus intrigant encore – comment les hommes en ont-ils eu l’idée, sans personne pour la leur souffler ? Soit, il s’agit là d’un grand mystère de l’Univers, soit, plus probable peut-être, on s’obstine à prendre la question à l’envers.

Aveuglement volontaire Régler le problème de la montée de la misogynie chez les adolescents supposerait de prendre conscience qu’elle est encore, toujours et partout le modèle dominant.
Dans des versions atténuées bien sûr, estompées, lissées et politiquement acceptables : inégalités des salaires, de la répartition des tâches domestiques, de l’accès aux postes à responsabilité.
Dans le monde des adultes, la domination n’a pas besoin d’être vulgaire, tapageuse, spectaculaire : elle est établie et c’est bien suffisant.

L’hypocrisie de l’âge limite

Le porno donne une bonne illustration de cette hypocrisie à l’égard de la misogynie ambiante. En reprenant les débats récents, on constate qu’à aucun moment, il n’est question de changer les codes du genre, mais seulement de préserver les jeunes de cette violence dont on estime qu’elle serait dommageable pour les esprits malléables, mais qui serait apparemment sans incidence sur les cerveaux matures.
On devine, en arrière-fond, cette conception selon laquelle l’adulte, par définition capable de discernement, sera en mesure de séparer la réalité de la fiction : violence physique ou sexuelle à la télé, violence symbolique et économique à la maison. Élémentaire.

A quoi bon ?

Pourquoi, alors que ce sont encore et toujours les logiques virilistes qui l’emportent, s’obstiner à fabriquer des adolescents respectueux et bienveillants, soucieux de leur environnement physique et humain ?
Est-ce en prévision de ce monde meilleur que les politiciens adorent nous promettre mais pour lequel ils n’ont toujours pas obtenu de permis de construire ? Ou pour se donner bonne conscience ?

Pour conclure, notons encore que les deux actualités décrites ci-dessus se déroulent sur les terres d’Emmanuel Macron. Comment ? Vous ne voyez pas qui c’est ? Mais si : c’est le type qui a pris la défense de Gérard Depardieu en clamant que cet agresseur sexuel « rend fière la France ». CQFD


Séverine André Vigousse (Suisse). 13/06/2025


Une réflexion sur “La morale dans les chaussettes

  1. raannemari 23/06/2025 / 11h52

    Rappelons-nous la minute de silence à l’assemblée pour le député J-M. Demange qui s’est suicidé après avoir commis un féminicide sur Karine Albert. Une Honte.

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