Il y a un temps pour tout
Car tout est long
Ou tout est court
Les autos rouges des pompiers brûlent en plein jour
En incendiant tous les signaux des carrefours
Le pain sort du four
Si pressé d’être mangé
Qu’il accourt tout seul
Sous le couteau boulanger
La dactylo en rut
Mille coups à la minute
Trouve le temps long
Entre deux tac-tac
Quand les aiguilles
longues des pendules
Se touchent à midi
Le temps s’aplatit
Le fracas est tel.
Que la machinerie saute
Les rats s’enfuient
C’est un sauve-qui-peut
Les portes des écoles éclatent
Les gosses s’envolent
Tout dégringole
On me ditFais pas l'con
C'est la vie
Le temps est court.
Le pain est long.
C'est ainsiMais de toute la force
De ce qui me reste de liberté
Je crieC'est faux
Le temps n'est pas long
Le temps n'est pas court
Il est rond.
Il est plein.
Et ce n'est pas lui qui court
C'est nous qui couronsAlors, je pénètre affamé sous tes paupières vides de pendules
O gare désaffectée
Et je mange ton silence
Et je bois ta durée
Rien n’est long
Rien n’est court
Rien ne passe
Rien ne presse
Tout est libre
Tout est disponible
C’est pourquoi je t’aime vraiment
O gare désaffectée
Laisse-moi souffler un peu sur tes quais inutiles
Rien qu’un instant
Pour m’imprégner de ta vérité
Paul Valet, Pointes de feu. Recueil « Être fou plutôt qu’à genoux ». Éd. Les Belles Lettres.