À l’heure où tombent les montagnes, la glace fondue et la boue coulent à flots, mais aussi l’encre et la salive : pressurés par les événements, les climatosceptiques s’accrochent à leurs théories à la gomme.
A ces bornés un peu marteaux, rivons donc leur clou.
Comme on ne choisit pas sa famille ni ses voisins de bus, de train ou de bistrot, on court ces temps-ci un risque sérieux de tomber sur de fâcheux énergumènes incités par le désastre de Blatten à étaler bruyamment leur mieux-sachance : ces histoires de climat déréglé par l’Homme, c’est de la foutaise, soutiendront-ils en substance.
Face à de tels épanchements, trois options :
- la violence physique, qui a le mérite de calmer les nerfs, mais n’est pas sans danger ;
- l’indifférence polie, qui exige une zénitude quasiment surhumaine ;
- la contradiction argumentée.
Pour celles et ceux qui choisiraient cette troisième voie, voici pour les principales sornettes adverses un petit pense-bête contre la bêtise.
Les changements climatiques, ça a toujours existé.
Réponse conseillée : évidemment, espèce d’imbécile ! Mais ce qui est totalement inédit, c’est la rapidité du réchauffement ! Les variations naturelles du passé ne se sont jamais déroulées si brutalement, de très loin pas. Le phénomène actuel est lié à l’accroissement galopant des émissions de gaz à effet de serre à l’ère industrielle, et surtout depuis les années 1950. C’est prouvé, nom de bleu !
Et les cycles de Milankovitch, hein, hein ?
Réponse : ta gueule. Cet argument, brandi par des charlatans en ligne et relayé par des cuistres […] est de la pure roupie de sansonnet. Lesdits cycles affectent l’orbite et l’axe de rotation terrestre, donc l’intensité du rayonnement solaire sur Terre et par conséquent le climat, mais ça n’a rien à voir.
C’est bien plus lent que le changement actuel. Et notamment, si le Soleil était en cause, ça réchaufferait la couche supérieure de l’atmosphère. Or sa température ne bronche pas, tandis qu’elle monte en flèche dans les couches du dessous : preuve que le problème vient d’en bas. (NB : cette réponse vaut aussi pour tout baratineur invoquant l’activité solaire en général, au demeurant très calme depuis des décennies.)
Le CO2 n’est pas toxique, il est très bon pour les plantes !
Réponse : t’as trouvé ça tout seul ? Évidemment que le CO2 est nécessaire aux plantes et personne n’a dit qu’il est toxique. C’est sa concentration accélérée dans l’atmosphère, due à l’activité humaine, qui crée un effet de serre et dérègle le climat. Ce n’est pourtant pas compliqué, non ?
Une seule éruption volcanique rejette plus de CO2 que toute l’Humanité depuis toujours.
Réponse : arrête de t’informer sur les réseaux sociaux, andouille. Tous les volcans actifs sur Terre dégagent au total entre 180 et 440 millions de tonnes de CO2 par année. L’espèce humaine en rejette 40 milliards de tonnes par an. Tu peux calculer la différence, s’il te plaît ?
La vapeur d’eau est bien plus abondante là-haut que le CO2…
Réponse : tu devrais arrêter internet, demeuré. La vapeur vient d’abord de l’évaporation naturelle et elle retombe en pluie après quelques jours. Le CO2 et les autres gaz à effet de serre se fixent dans l’atmosphère pour des mois, voire des années. Tu piges ?
Les scientifiques ne sont pas unanimes, d’abord un.
Réponse : la plus récente étude, portant sur 54195 publications scientifiques reconnues, montre que 99,94% des climatologues s’accordent sur le constat d’un dérèglement climatique causé par l’activité humaine.
Après, si tu prends en compte les avis d’un expert en chimie payé par le lobby pétrolier, d’un mathématicien avide de notoriété, d’un politicaillon de Donald Trump ou d’autres spécialistes du climat de cet acabit, c’est ton problème. Mais songe à consulter (de préférence un médecin, pas un botaniste ou un tapissier).
Le GIEC est un ramassis d’extrémistes alarmistes à la solde du pouvoir.
Réponse : je tâche de rester calme, mais il y a des baffes qui se perdent. Le GIEC fédère des milliers de scientifiques venus de 195 États, et qui travaillent bénévolement. Sa mission est d’évaluer objectivement la situation et d’envisager son évolution probable en intégrant tous les paramètres.
Certains de ses scénarios sont d’ailleurs dépassés par la réalité, c’est dire s’il est trop alarmiste ! Logiquement, les climatosceptiques et autres complotistes tentent de le discréditer, sans jamais avoir lu ses rapports : à quoi bon quand on la science infuse ?
On veut nous faire peur avec le climat pour imposer la dictature verte !
Réponse : tu as l’impression que les mouvements verts sont au pouvoir, pauvre tache ? Tu as regardé le poids des intérêts pétroliers opposés aux mesures climatiques ? On en voit les effets : vu l’inaction politique, tu parles d’une « dictature verte » !
Mieux vaut entendre ça que d’être sourd, mais il y a quand même des fois où on préférerait être sourd.
Les mesures climatiques coûtent des sous et nuisent à l’économie.
Réponse : oh, le bel argument de débile !
Voyons voir : le coût global du réchauffement (catastrophes, santé, rendements agricoles, migrations…) est estimé à 38000 milliards par an en 2050. Investir sérieusement dans la lutte contre le dérèglement coûterait cher, oui, mais six fois moins. Vu ?
Des fois, il fait très froid, donc il n’y a pas de réchauffement.
Réponse : désolé, je ne discute pas avec les bourrins bouchés à l’émeri.
Laurent Flutsch. Vigousse (Suisse). 13/06/2025
Mais non mais non, il n’y a pas de réchauffement climatique, c’est le toutologue Onfray qui vous l’affirme : https://www.youtube.com/watch?v=2FkLYa76dvk
!!!