Après Musk, retour au nationalisme pour Trump

Le spectaculaire divorce entre le président américain et le patron de Tesla et SpaceX libère la voie à une politique non moins brutale, mais plus nationaliste, incarnée par J.D. Vance et Steve Bannon.

Ainsi va la politique américaine, cascade de clashs en « direct live » et sur X. Ainsi s’est joué jeudi le divorce entre Donald Trump et Elon Musk : le patron survitaminé (sinon surdopé) de SpaceX a dénoncé « l’abomination dégoûtante » que serait la grande loi économique présentée par le président – elle ale défaut, en plus de fortes baisses d’impôts, de supprimer les subventions aux voitures électriques fabriquées par Tesla, autrement dit Elon Musk.

Salut fasciste

« Je suis très déçu », a répondu Donald Trump, quia menacé de supprimer contrats publics et subventions à SpaceX et Tesla, provoquant la chute du cours de Tesla à Wall Street. « @real­DonaldTrump est dans les fichiers Epstein » (du nom du plus grand prédateur sexuel américain), a contre-attaqué Elon Musk…

Nul doute que la querelle connaîtra d’autres rebondissements médiatiques. Un échange téléphonique envisagé vendredi a été annulé par le président. Mais la réconciliation est d’autant moins probable que les deux personnages se réjouissent du divorce.

Le plus bruyant est, comme à son habitude, Steve Bannon.

L’ex-conseiller de Trump durant son premier mandat a aussitôt claironné que Musk, de nationalité sud-africaine, « est un étranger en situation irrégulière, (qui) devrait être expulsé du pays immédiatement ». Bannon, qui sort de quatre mois de prison pour avoir entravé l’enquête sur l’émeute du Capitole contre l’élection de Joe Biden, dénonce en Musk un « mondialiste » favorable à l’immigration, qui veut avec « les oligarques de la Silicon Valley prendre les emplois des citoyens américains ». Promoteur d’une alliance mondiale des nationalistes, naguère invité en France par Marine Le Pen, il a récemment conclu son discours à la grand-messe conservatrice de la CPAC (Conférence d’action politique conservatrice) à Washington d’un bref mais clair salut fasciste.

L’autre gagnant de la querelle Trump-Musk est le vice-président J.D. Vance. Il s’est fait connaître de ce côté de l’Atlantique par une diatribe prononcée mi-février à Munich contre l’Union européenne, accusée de brider la parole des néonazis allemands de l’AfD. Et deux semaines plus tard par son agression verbale du président ukrainien Volodymyr Zelensky dans le Bureau ovale, devant les caméras du monde entier.

Aux États-Unis, il a percé comme auteur d’un best-seller, Hillbilly Elegy (ou Éloge du plouc), qui appelle la droite à renouer avec ses racines populaires et nationalistes. Jeune (40 ans), brillant, fervent catholique, il est aujourd’hui le mieux placé pour succéder à Donald Trump.

Un mix de Vance, Bannon et Musk

II n’est pas question de sous-estimer la personnalité propre du président américain. Mais il faut convenir que sa politique apparaissait jusqu’alors comme un mix de Vance, Bannon et surtout Musk, omniprésent depuis sa victoire. Soit un conservateur bon teint, un national-populiste fascisant et un libertarien techno-futuriste, résume Marlène Laruelle dans Grand Continent, revue de géopolitique. Le troisième parti, restent les deux premiers – à voir si la démocratie mondiale y gagnera.


Francis Brochet. Le Dauphiné.06/06/2025


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