Wauquiez/Retailleau

L’historien Gilles Richard, décortique le duel [dont on connait depuis le résultat] […] aux lignes semblables et aux idées peu éloignées de celles de l’extrême droite.

  • Au terme de cette campagne pour l’élection du président des Républicains, qui s’achève le 18 mai, diriez-vous que Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez appartiennent à la même droite ?

Très clairement, oui. Ces deux personnalités, qui occupent le même espace idéologique, poursuivent d’ailleurs un objectif commun : reconquérir un électorat très à droite qui, lors de l’élection présidentielle de 2022, a tourné le dos à LR pour voter en faveur d’Eric Zemmour. L’un et l’autre tiennent un discours que d’aucuns qualifient de « conservateur » mais que je qualifierais plutôt de « nationaliste ». Immigration, sécurité, identité : ils reprennent les mêmes thèmes que le Rassemblement national (RN).
Avec une différence, tout de même : Retailleau et Wauquiez s’adressent à un électorat sociologiquement différent de celui du RN, moins populaire et davantage issu de la classe moyenne supérieure. Ils ajoutent donc à leur discours une défense plus nette du libéralisme économique.

  • Les Républicains peuvent-ils, avec un nouveau leader, redevenir une force majeure ?

La crise de LR remonte aux années Sarkozy.
Lorsqu’il est à la fois ministre de l’Intérieur et président de l’UMP [de 2005 à 2007, NDLR], il décide, dans le but de conquérir l’électorat frontiste, d’agréger à la droite libérale et européenne une droite nationaliste et identitaire.
Il y parvient avec succès puisqu’il est élu président de la République en 2007 en siphonnant une partie de l’électorat du Front national (FN).

Mais cela ne dure pas. Dès la crise financière et la signature du traité de Lisbonne, cet électorat — qui refuse la politique néolibérale — s’éloigne. Les libéraux de l’UMP, notamment les juppéistes, rejoignent ensuite Emmanuel Macron en 2017.

  • Vers l’extrême droite donc ?

Ces deux candidats se sont livrés, ces dernières semaines, à une surenchère qui ne fait aucun doute. Contre « l’assistanat », contre les impôts : ils ont tenu un discours typiquement zemmouriste. Cette idée de récupérer l’électorat d’extrême droite est, depuis quarante ans, une obsession de la droite française. C’était le cas hier au RPR et à l’UDF, ça l’est aujourd’hui à LR. Et cela est encore plus vrai depuis que Marine Le Pen a été condamnée à une peine d’inéligibilité. Cette obsession remonte aux européennes de 1984 : cette année-là, le FN récolte 10,95 % des voix contre la liste portée par Simone Veil ne fait « que » 43 %.

  • Il y a un an, l’ex-président de LR Eric Ciotti rejoignait le giron du RN. Est-on à l’aube d’une possible union entre droite et extrême droite ?

A mon sens, ce n’est pas fait. Eric Ciotti s’est allié au RN pour des raisons personnelles liées à son mandat de député des Alpes-Maritimes, qu’il entend conserver. Que le RN absorbe à terme Reconquête, ce parti en piteux état, c’est possible. Mais une alliance entre LR et le RN me paraît, à ce jour et tant que la maison Le Pen tient le parti frontiste, peu probable. La stratégie lepéniste reste orientée vers les classes populaires, ce qui n’est absolument pas celle de Wauquiez ou de Retailleau. Ils ne sont pas du tout dans la logique « sociale » de Marine Le Pen. Si Jordan Bardella devait devenir le véritable numéro un du parti, cela reste à voir.

  • Dans votre « Histoire des droites », vous affirmez que deux familles dominent désormais la vie politique : les nationalistes et les libéraux.

A l’origine, Retailleau et Wauquiez ne viennent pas du même « camp ». Avant d’opérer un virage antieuropéen opportuniste, Laurent Wauquiez — qui fut un jeune ministre chargé des Affaires européennes — était le protégé de Jacques Barrot [ex-commissaire européen et plusieurs fois ministre]. Il a longtemps été l’un des héritiers de cette droite giscardo-balladurienne, néolibérale et pro-européenne. Bruno Retailleau, lui, vient de la droite vendéenne, catholique, conservatrice et monarchiste, imprégnée d’islamophobie et de rejet de l’immigration. Aujourd’hui, ils tiennent tous deux un discours nationaliste et identitaire : Retailleau par conviction, Wauquiez par ambition.


D’après des propos recueillis par Alexandre Le Drollec. Le Nouvel Obs. N° 3164. 15/05/2025


2 réflexions sur “Wauquiez/Retailleau

  1. bernarddominik 21/05/2025 / 8h36

    Wauquiez est d’une maladresse incroyable. Il n’avait aucune chance. Quant à Retailleau il est effectivement dans la ligne Sarkozy mais je suis étonné qu’un historien juge déjà la pièce alors qu’elle n’est pas jouée. Je qualifierai donc Gilles Richard de politologue et non d’historien.

  2. rblaplume 21/05/2025 / 15h19

    Pour moi, je ne m’aventure pas à commenter les vicissitudes idéologiques de cette droite de gouvernement proche du FN/RN depuis longtemps.

    Ce qui m’indigne, c’est le verrouillage de la gauche par Messieurs Mélenchon, Hollande et Glucksmann.

    Les classes populaires souffrent et vraisemblablement le bouclier social, déjà fissuré, va exploser avec les mesures budgétaires à venir.
    Le Front national, sans effort, va progresser.
    D’autre part, le régime politique, en vigueur, est en train de se transformer : la forme autoritaire par maints aspects tend vers un régime d’une autre nature !
    Que les egos laissent la place à l’intérêt général des « classes laborieuses » et vulnérables de notre société.
    RBLAPLUME

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