Le pont

Une interview d’Alda Merini…

  • Avez-vous déjà traversé un pont ?
    • Souvent, sans trouver de rivage.
  • Pourquoi ?
    • Parce que les ponts sont symboliques, comme notre passage.
  • Donc vous saviez que vous n’alliez parvenir à rien.
    • En effet.
  • Et alors ?
    • Alors l’homme se déplace selon un dessein divin, selon lequel il doit nécessairement accomplir un certain parcours pour complaire aux dieux.
  • Et il y en a beaucoup ?
    • Ils ont beaucoup de fantaisie et d’ouverture, beaucoup de peurs aussi, qui sont compensées par les hommes eux-mêmes.
  • De quelle façon ?
    • Avec la douleur, la douleur éternelle.
  • Donc vous traversez un pont sans avoir aucun espoir.
    • Non, il y a un point de repère, une pause ; les dieux accordent des pauses aux écorchures unilatérales de l’homme.
  • Que faites-vous pendant ces pauses ?
    • Je médite, je médite sur le début d’un nouveau principe de damnation.
  • Alors les dieux sont méchants.
    • Non, mais ils n’ont aucune pitié.
  • Et l’homme ?
    • L’homme, qui est leur jouet, est aussi capable de bonté, c’est pourquoi les dieux l’ont toujours envié.
  • Et si l’homme était libre ?
    • Il deviendrait célèbre par sa stupidité.
  • Pourquoi ?
    • Parce que l’homme est naturellement béni.
  • Et donc ?
    • Cela condamne l’homme à rester limité.
  • Est-ce qu’il peut dépasser ces limites ?
    • Non, pas même avec la mort.

Alda Merini. Recueil : « Confusion des étoiles ». Éd. Seghers

Alda Merini, née à Milan, est considérée dans son pays comme l’une des plus grandes si ce n’est la plus grande poétesse italienne du XXe siècle. Elle demeure largement méconnue d’électeurs français.

Souffrant de troubles de santé mentale, elle écrit des textes nourris par une folie qui apparaît à la fois comme un fardeau est comme un sacerdoce. Elle a vécu dans une certaine misère, loin de l’aristocratie culturelle.


Image IA générée suite au texte


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