Le consentement, avec ou sans piquants ?

Le mot « non » fait probablement partie des tout premiers mots que vous avez appris, suivis de peu par « oui ». Pourtant, la notion de consentement a l’air encore compliquée pour certaines personnes. Il y a quelques semaines, en France, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi pour l’intégrer dans la définition pénale du viol.
En Suisse, ça a été fait l’année dernière, même s’il faudrait plutôt parler de non-consentement, puisque les parlementaires helvétiques ont finalement retenu le « non » explicite pour définir le viol. Le « oui » explicite, c’était trop demander pour une partie du législatif qui craignait qu’il ne mène à « l’extinction de [notre] espèce » (sic).

Si ça peut les rassurer, plusieurs autres espèces peuvent témoigner qu’elles se portent bien, merci. Ou que si leurs effectifs sont en baisse, ça n’a pas grand-chose à voir avec le consentement, puisqu’elles le pratiquent routinièrement depuis des millénaires (1). Il y a des fois où l’évolution est plus efficace que notre système juridique.

Hérisson courtois

Chez les hérissons, par exemple, le mâle doit se livrer à une cour assidue pour qu’une femelle consente — ou non — à abaisser ses 6000 et quelques piques pour permettre l’accouplement.
Les hyènes et les éléphantes ont un clitoris si proéminent qu’elles doivent le rétracter pour que la pénétration soit envisageable.
Quant aux femelles bonobos, la coalition qu’elles forment est si forte qu’aucun mâle ne peut contraindre l’une d’entre elles.

Pour conclure, les messieurs de beaucoup d’espèces y vont plutôt au talent. Dans L’animal féministe 2, l’éthologue et vétérinaire Farah Kesri raconte la débauche de plumes, de parures et de couleurs plus flashy-tu-meurs — littéralement, puisqu’en plus des femelles, ces ornements attirent souvent les ennuis et les prédateurs.
D’autres mâles misent sur la performance, du genre chorales batraciennes infra-Barry White ou mandalas que le poisson-globe grave avec la patience d’un Michel-Ange à nageoires au plancher de l’immense chapelle sous-marine.
Bien sûr, il y a de tout dans la nature, y compris des contre-exemples assez trash.

La mouche-scorpion mâle a une pince pour maintenir la femelle, et certaines punaises de lit pratiquent ce qu’on appelle l’insémination traumatique : le mâle à une sorte de seringue hypodermique avec laquelle il perfore la femelle pour lui injecter son sperme directement dans l’abdomen.

Colvert pervers

Au rayon traumatique, les canards et leur pénis en tire-bouchon ne sont pas en reste. Chez les colverts, jusqu’à 40% des copulations sont forcées, pourtant, très peu de canetons naissent de ces embuscades. Peut-être parce que, comme l’explique la zoologue Lucy Cooke (3), les femelles ont un vagin labyrinthique qui spirale en sens inverse du pénis des mâles.
Il semble que grâce à cette sorte de contre-attaque évolutive, elles puissent bloquer le sperme des individus qui ont brutalement outrepassé leur consentement.

Mais c’est chez les autres volatiles qu’on trouve le système le plus romantique et abouti, en tout cas comparé à celui d’une espèce qui patauge encore dans la législation (4) Au cours de l’évolution, 97% des oiseaux ont perdu leur pénis.
Pour se reproduire, le mâle et la femelle doivent se donner un « baiser cloacal ». C’est-à-dire mettre en contact leurs cloaques, l’ouverture multifonction qui leur sert à la fois d’orifice urinaire, intestinal et génital.
Peut-être qu’à ce stade, vous ne voyez pas vraiment ce qu’il y a de poétique dans tout cela. Mais ce type d’accouplement est, semble-t-il, assez acrobatique pour que toute l’agilité des participants soit mobilisée. Du coup, c’est un consentement enthousiaste de part et d’autre qui est nécessaire. Une des hypothèses pour le résultat d’une sélection des femelles pour une sexualité plus coopérative et moins coercitive.

Alors quand on ergote pour un oui ou pour un non, ça donne matière à réfléchir, non ?
Mais pas trop longtemps, parce qu’on pourrait finir par se laisser tenter par cette approche, et en attendant qu’elle fasse effet, opter pour un joli manteau 100% piquants.


Laurent Flutsch -Vigousse, (Suisse). 9 mai 2025


  1. Entre femelles et mâles, pour le reste, sans surprise, on manque d’infos.
  2. Editions Alisio, 2025, sous la direction de Yolaine de La Bigne
  3. Dans Bitch – Le pouvoir des femelles dans le règne animal, Editions Albin Michel, 2024.
  4. Pendant ce temps-là, la France se fait condamner par la Cour européenne des droits humains pour ne pas « appliquer effectivement un système pénal apte à réprimer les actes sexuels non consentis » (24.4). En clair : pour manquer à son obligation de protection des victimes de viol.

Une réflexion sur “Le consentement, avec ou sans piquants ?

  1. bernarddominik 17/05/2025 / 9h15

    Nos députés vont finir par inventer un « cerfa » à signer par les 2 parties pour certifier leur consentement, il faudra probablement qu’il précise les pratiques autorisées par le consentement.

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