La foi qui déplace les bananes

La religion est née quand un singe affirma à un autre singe, en lui montrant du doigt le soleil, « il a dit que tu dois me donner ta banane ».

C’est ainsi que le regretté Christopher Hitchens, fervent athée britannique, évoquait l’émergence des prêtres, des divinités, des cultes et tout le fourbi. Mais si pertinente et percutante que soit sa formule, elle ne reflète pas la vérité.

Il suffit de tenter l’expérience pour le constater : habilement déguisé en l’un de ses congénères, on accoste un chimpanzé en train de mâchouiller une banane, on lui désigne le soleil et on lui signifie que cette chose qui brille là-haut exige de lui qu’il cède illico son repas.
Dans le meilleur des cas, le sujet ricane et finit tranquillement son fruit.
Dans le pire, l’expérimentateur finit à l’hôpital.

Quand l’entourloupe loupe

Donc, même si les chimpanzés ont parfois des comportements culturels bizarres qui pourraient s’apparenter à des sortes de rites, l’entourloupe religieuse ne marche pas avec eux. En réalité, pour que le truc fonctionne, il a fallu attendre l’apparition d’humains à peu près dignes de ce nom.

D’un naturel curieux et prompts à tisser des liens de cause à effet, ces primates-là toléraient mal de ne rien comprendre ni maîtriser face à des phénomènes qui les dépassaient complètement, comme la foudre, la nuit, le hasard, la furie du rhinocéros ou la mort.

Ils s’inventèrent donc des explications satisfaisantes en optant pour la facilité: des puissances invisibles et surnaturelles étaient à l’oeuvre derrière tout ça. Et voilà, tout devenait clair et c’était chic.

La suite n’est que trop connue : des petits marioles trouvèrent bien vite moyen de se donner de l’importance en se prétendant messagers et interprètes des forces supérieures qui tiraient les ficelles des choses.
L’air pénétré, ils indiquèrent pompeusement les façons de se faire bien voir d’elles : moyennant des rituels à base de vénération, prières, offrandes et autres simagrées, elles se montreraient sympas comme tout.

En revanche, si on enfreignait les règles, leur agacement se manifesterait et ce ne serait pas beau à voir. Bien que franchement grossière, l’arnaque connut un très vaste succès. On en déduit que l’être humain est moins malin que le chimpanzé.

Gare à la garde-robe du gourou

Au fil des millénaires et des civilisations, les prétendues entités surnaturelles furent affublées de noms et d’images, avec pour chacune des attributs et des pouvoirs variés, tandis que leurs représentants autoproclamés se muaient en gourous extrêmement prospères, en général sous des accoutrements particulièrement grotesques.

Les baratineurs préhistoriques évoluèrent ainsi en de puissants clergés, passés maîtres dans l’art de régenter l’existence des foules.
Il suffisait pour cela d’entretenir la croyance et la crainte des dieux. Avec en prime la promesse d’un émollient magique aux vicissitudes de cette chienne de vie qui, pour ne rien arranger, file trop vite vers l’ultime coup de faux, lequel peut tomber à tout moment.
D’où un cadeau bonus, pour fidèles méritants exclusivement : le paradis éternel, opportunément placé après leur mort. Ça sent le coup fourré, pourtant ça marche.

La dérive religieuse s’est donc imposée chez les singes humains. Pour citer encore Christopher Hitchens, cette « principale source de haine dans le monde » est foncièrement « violente, irrationnelle, intolérante, alliée du racisme, du tribalisme, du sectarisme, menant à l’ignorance, hostile à la pensée libre, méprisante envers les femmes et coercitive à l’égard des enfants ».
Vive l’amour infini de Dieu, donc.

Ces temps-ci, la croyance la plus répandue sur la planète, dans sa version catholique, réunit ses principaux gourous (toujours sous des accoutrements particulièrement grotesques) afin de renouveler son grand gourou suprême en chef. On ignore si le pape désigné aura la banane, mais une chose est sûre : les singeries continuent…


Laurent Flutsch -Vigousse (Suisse) . 9 mai 2025

Merci à Dominique pour nous avoir signalé cet article.


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D’ailleurs, cette diversité d’interprétations enrichit le débat et permet d’ouvrir des échanges constructifs, où chaque opinion a sa place, faisant de cet article un véritable espace de partage et de dialogue entre des lecteurs aux points de vue variés.
Michel


Une réflexion sur “La foi qui déplace les bananes

  1. bernarddominik 15/05/2025 / 18h44

    Un peu simpliste mais réel. Mais est ce la religion qui a créé le clergé ou le clergé qui a créé la religion ? C’est en tout cas le clergé qui justifie son existence par la religion, et qui mange les bananes. D’ailleurs les offrandes faites aux dieux en Égypte et en Mésopotamie étaient partagées entre les membres du clergé en fonction de leur « grade », aucun Dieu n’ayant jamais consommé des offrandes.

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