… et avouez que vous y avez pensé, mesdames.
Dimanche dernier, quand votre benjamin tout ébouriffé a grimpé sur votre lit bien trop tôt pour vous donner la dernière œuvre de sa main, qui a depuis rejoint les autres dessins sur la porte du frigo. Quand votre aînée vous a récité fièrement et presque sans faute la poésie apprise à l’école.
Quand vous avez remercié votre conjoint pour le menu spécial fête des Mères que vous avez dégusté entre deux courses à travers le restaurant pour moucher un nez, empêcher une catastrophe, éponger un verre renversé, arrêter une bagarre.
Avouez, le regard humide, le cœur débordant de tendresse maternelle, vous y avez pensé. Et pourquoi pas un petit dernier ?
Stop malheureuse ! Arrêtez tout !
Ne vous laissez pas attendrir par ces petits êtres sournois qui tentent de vous amadouer à grands coups de cadres photo en pâte à sel et en macaronis ! Votre santé mentale est en jeu ! Heureusement, la recherche est là pour vous permettre d’analyser votre projet familial froidement et scientifiquement.
En effet, l’Université de Soochow a mené des recherches auprès de 55 000 femmes afin de déterminer le nombre d’enfants idéal. Pas idéal dans le sens « youpi youplaboum que je suis heureuse dans ma vie ». Non, idéal dans le sens : « Si je dépasse ce chiffre, j’augmente massivement le risque de virer définitivement zinzin ».
Et le résultat est sans appel: au-delà de deux rejetons, la possibilité de développer des troubles mentaux explose.
Ah, les charges mentales…
Et l’on ne sera évidemment pas vraiment étonné d’apprendre qu’il n’y a rien de physiologique là-dedans.
Ce ne sont assurément pas les hormones d’une troisième grossesse ou les séquelles d’un accouchement surnuméraire qui vont vous transformer en la folle du bus. Non, le problème réside dans la fameuse charge mentale. Vous savez, celle qui n’existe pas chez Jean-Michel « Jepartagelestâchesménagères » parce que le dimanche, quand ses potes viennent manger à la maison, il aide sa femme à passer l’aspirateur et à sortir les poubelles.
Celle que la nouvelle génération d’hommes ne reconnaît pas toujours non plus parce que bon, eux, contrairement à leurs pères, vont chercher les enfants à la crèche (après que ladite crèche a appelé maman pour prévenir d’une poussée de fièvre), changent les couches (dont maman a bien surveillé stocks et actions), emmènent Junior au foot (auquel maman l’a inscrit avant d’acheter le maillot, les crampons et la gourde : Neurones en surchauffe.
Si la science estime qu’au-delà de deux enfant la santé mentale des mères est en danger, c’est parce qu’au-delà de la charge mentale de deux enfants, partagée aussi inéquitablement qu’elle l’est encore actuellement, oui Jean-Michel, la personne à qui incombe la plus grosse part, devinez qui c’est — à les neurones en surchauffe.
Donc en vrai, est-ce que le chiffre idéal ça ne serait pas deux mais 50 ? Cinquante comme 50% des tâches ménagères, 50% des soucis, 50% de la charge éducative, 50% des visites chez le pédiatre, 50% des réunions de parent d’élèves, 50% des cadeaux de Noël, 50% des organisations des vacances, 50% des menus de la semaine, 50% des cadeaux d’anniversaire aux copains, 50% des rappels de vaccins, 50% du tri des vêtements trop petits, 50% des gâteaux à amener à la crèche.
D’ici là, Junior, merci pour le cadre photo en pâte à sel et en macaronis, mais non, tu n’auras pas de petit frère.
Emma Aymon. Vigousse. 16/05/2025
La terre est surpeuplée par rapport à ses ressources. La colonisation de l’univers est aujourd’hui illusoire. Mieux vaut donc se placer dans une perspective malthusianienne.