L’Europe représente tout ce qu’Elon Musk déteste.
L’hyper-milliardaire use de sa considérable influence pour tenter de diriger la planète entière, avec deux projets dans son cerveau malade : forger à son idée l’avenir de l’Humanité et, par-dessus tout, servir ses propres intérêts.
Les rédactions de la RTBF, de France Info et des Observateurs de France24 ne reculent devant rien : dans le cadre des Médias francophones publics (MFP), elles se sont livrées à un exercice analytique sans doute éprouvant, en examinant les 15000 tweets postés par Elon Musk en cinq mois. Ça suppose des nerfs solides.
Depuis qu’il a racheté Twitter et l’a rebaptisé X en 2022, le chouchou de Donald Trump y diffuse à tire-larigot une propagande débridée servie par des algorithmes bidouillés pour favoriser ses propres messages et, accessoirement, les contenus douteux. Ainsi le réseau social est-il devenu, sous couvert de liberté d’expression, le terrain de jeu préféré des complotistes, des faussaires et autres désinformateurs, notamment ceux téléguidés par le Kremlin. Rien de neuf. Et le grand patron croît bon de payer de son illustre personne : ainsi Musk a-t-il publié ou relayé pas moins de 15485 messages depuis qu’il a réussi son coup en investissant des fortunes dans l’élection de Trump. Ça représente plus de 100 tweets par jour en moyenne. Et comme il dispose de 220 millions d’abonnés, le moindre de ses mots prend un poids considérable. Premier influenceur sur Terre, il détient un pouvoir extravagant et ça lui plaît énormément.
Il suffit à cet égard qu’il réponde à un internaute, ou qu’il retweete sa prose, pour que l’auteur voie exploser sa viralité. Exemple : l’extrémiste de droite allemande Naomi Seibt a obtenu d’un coup 624% de likes en sus pour avoir été relayée par Musk. C’est beau, le prestige.
Pantin de Poutine
En décortiquant le déluge de tweets du magnat, les enquêteurs des MFP ont dégagé deux thématiques : d’une part le venin contre l’Ukraine et les cajoleries à Poutine, de l’autre le fiel contre l’Europe et les câlins aux droites extrêmes qui y sévissent.
Au premier registre, Musk s’est dévoilé en 2023 déjà en retweetant une photo, concoctée par une agence de propagande russe, caricaturant le président ukrainien Zelensky et ses appels à l’aide internationale. Résultat, la chose a été vue 95 millions de fois. Par la suite et depuis le sacre de Trump, les messages de Musk ont docilement suivi les positions de la Maison-Blanche, flattant Poutine et éreintant Zelensky. Après que ce dernier a été houspillé par Trump et Vance dans le Bureau ovale, le 28 février dernier, Musk a posté ou reposté 138 messages, appelant notamment à déboulonner le méchant Ukrainien débraillé. On en passe et des pas meilleures : interagissant avec l’ultradroite, états-unienne opposée au soutien à l’Ukraine, relayant les trucages et les intox des officines prorusses, Musk « reprend à son compte le récit de Poutine contre le président ukrainien », relève Jérôme Viala-Gaudefry, docteur en civilisation américaine et spécialiste des Etats-Unis.
Mais c’est surtout contre l’Europe que se déchaîne la hargne de Musk, avec pas moins de 1308 tweets. Il s’en prend au Gouvernement britannique, déclarant tout de go que le Premier Ministre « doit partir ». Tour à tour il fustige la prétendue décadence des Européens, vomit leurs politiques migratoires, critique vertement des chefs d’Etat. En complément, l’as du salut nazi multiplie les messages d’amour aux partis réactionnaires, nationalistes, voire fascisants. Il appelle les Allemands, les Anglais ou les Romains à élire l’extrême droite, et il exige la « libération » de Marine Le Pen après sa condamnation (sans incarcération pourtant). Et s’il se mêlait plutôt de ses oignons ?
En résumé, selon Jérôme Viala-Gaudefry, « l’Europe, et l’Union européenne en particulier, représente tout ce qu’Elon Musk déteste : sa vision du monde est très masculiniste et anti-woke alors que l’Europe est progressiste. Il y a aussi des raisons idéologiques, Elon Musk est libertarien, anti-régulation, alors que l’Union européenne réglemente beaucoup. Il pense que les businessmen sont les maîtres du monde et ne doivent pas être empêchés ».
Le croisé du Saint Pèze
C’est là un point hautement sensible, les hautes aspirations géopolitiques de Musk n’étant pas exemptes d’intérêts sonnants et trébuchants. Le magnat est depuis longtemps en relation d’affaires avec le régime de Poutine, ce qui sous-tend sa bienveillance envers le Kremlin et donc sa malveillance envers l’Ukraine. Par ailleurs, il supporte très mal que les États européens imposent des normes et, pire, des taxes aux géants de la tech. Comme le confirme une experte, « il ne s’agit pas seulement de ses convictions personnelles sur la liberté d’expression, c’est aussi une question financière. Elon Musk possède X, qui opère en Europe et doit faire face à des réglementations comme le RGPD, le Digital Services Act, ainsi qu’à des lois nationales encadrant la liberté d’expression. C’est véritablement un casse-tête réglementaire pour lui ». Pauvre chou, c’est atroce.
Motivé d’un côté par la cupidité et la soif de pouvoir, se considérant de l’autre comme un génie universel et un nouveau Messie, le m’as-tu-vu ramène sa fraise avec l’ambition de diriger un réseau planétaire et, selon Jérôme Viala-Gaudefry, « de construire une sorte d’alliance internationale entre les nationalistes autoritaires ». En attendant que la réalité, entre la débâcle de Tesla, les déboires spatiaux ou les fiascos de son complice Trump, enfonce le clown.
Laurent Flutsch –Vigousse. 9 mai 2025