Il faudrait sévir, reprendre les commandes, lui couper le sifflet, sectionner ses guiboles, il faudrait l’arracher aux fleurs des champs, l’extraire de l’humus des sous-bois, la mettre en cage, débrancher sa fantaisie, réduire son pouvoir d’attraction, désactiver la chaîne de ses mots, désinstaller les trois termes de son totem, lapetitegens tenue en laisse, menottée, enchaînée, entravée, cagoulée, déconnectée, ne pouvant plus s’étirer à sa guise ni voguer sur les reliefs de nos mémoires ni se propulser sur tous les continents, lapetitegens matée, c’est une idée qui vient aux lèvres même si personne ne fait de politique ici, qu’en dites-vous ? sinon que restera-t-il ?
Isabelle Pinçon. Recueil : « Lapetitegens ». Éd. Cheyne
Pour rappel « Lapetitegens » c’est l’autre, la-le déclassé-e, la-le délaissé-e, l’encombrant-e, l’intrus-e, celle-celui que l’on ne veut pas voir…
A vous de faire le lien — ou pas — avec notre actuelle société. MC

Et voilà un « spécialiste » du sujet. L’italien Giacomo Ceruti (1698-1767) semble tellement connu pour avoir peint des mendiants qu’on lui a donné le surnom évocateur : Il Pitocchetto, le petit mendiant ! Ci-dessus : Une petite mendiante et une femme en train de filer la laine, vers 1720,(coll.privée).