Mark Carney fait une entrée triomphale sous les ovations. Près de deux mille Québécois sont venus soutenir le Premier ministre du Canada mardi soir à Laval, la troisième ville du Québec, voisine de Montréal.
Le chef du Parti libéral fait la course en tête dans une campagne électorale dominée par la tempête Donald Trump et une montée sans précédent du patriotisme canadien.
Les derniers sondages lui donnent une avance moyenne de cinq points sur le candidat conservateur, Pierre Poilievre.
Certaines projections prédisent même qu’il aura une majorité au Parlement après les élections de lundi prochain.
« Jamais le 51e »
Vu par beaucoup d’électeurs comme l’homme de la situation face à la guerre commerciale du président américain et à ses menaces d’annexion du Canada, le successeur de Justin Trudeau après sa démission a fait fondre l’avance de vingt points dans les sondages qu’avaient les conservateurs depuis deux ans.
Le conservateur « Pierre Poilievre est un mini-Trump », résument Cynthia et Katherine, deux sœurs québécoises de 66 et 70 ans, qui brandissent un panneau « Jamais le 51e » en réaction à la volonté de Donald Trump de faire du Canada le 51e État des États-Unis. « Nous sommes Canadiennes, pas Américaines », insistent les deux Montréalaises.
« Cette élection est la plus importante de notre vie. Elle est cruciale, car Donald Trump a trahi le Canada, l’allié traditionnel des États-Unis. Nous allons bâtir un Canada fort », promet Mark Carney, vêtu d’un maillot rouge du Canadien, le mythique club de hockey sur glace de Montréal, floqué du numéro 24 parce qu’il est le 24e Premier ministre du Canada.
« Le Canada n’est pas à vendre. On ne veut pas être Américains », lance Mariam, une Ivoirienne de 42 ans naturalisée Canadienne en 2022. Comme de nombreux Canadiens, elle ne voulait plus de Justin Trudeau, devenu impopulaire à cause d’une usure du pouvoir s’ajoutant à une forte hausse du coût de la vie avant même l’arrivée de Donald Trump, à une crise du logement et à une immigration mal gérée.
« Mark Carney est le meilleur Premier ministre pour défendre le Canada alors que Pierre Poilievre veut calquer le Canada sur le système américain », estime Antoine, un Montréalais de 24 ans.
Même les souverainistes québécois sont tentés de mettre en sourdine leurs revendications pour promouvoir un Canada uni mieux armé face aux menaces américaines.
« Il faut d’abord protéger le Québec et le Canada »
L’économie québécoise est l’une des plus impactée par la guerre commerciale de Donald Trump. « Ce n’est pas le moment de parler d’indépendance. Il faut d’abord protéger le Québec et le Canada », expliquent Cynthia et Katherine, séduites par le profil de Mark Carney.
Face au tribun qu’est Pierre Poilievre, l’ancien gouverneur des Banques centrales du Canada et d’Angleterre compense son manque de charisme par son expertise économique.
« Nous renforçons les relations commerciales avec l’Union européenne pour que nos exportateurs soient moins dépendants des États-Unis. Nous renforçons aussi notre coopération militaire avec la France et le Royaume-Uni », rappelle Mark Carney dont l’autre point faible est sa mauvaise maîtrise du français.
Les indépendantistes québécois lui reprochent d’ailleurs son opposition à certaines lois qui défendent l’identité du Québec comme la loi 96 protégeant la langue française face à l’anglais.
Luc Chaillot. Le Dauphiné. 24/04/2025
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