… L’échelle sociale existe toujours, mais personne ne veut plus la gravir.
Les raisons… Les postes de « cadre intermédiaire » ne feraient plus rêver la génération Z. Mais quelle mouche l’a donc piquée ?
Les faits.
Le verdict tombe comme un couperet : d’après une enquête menée par le cabinet de recrutement Robert Walters, les 18-29 ans ne seraient plus attirés par un poste de manager. Et le phénomène n’est pas anecdotique, puisque ce désintérêt concernerait 52% de cette classe d’âge. Nous eût-on dits que les jeunes n’aiment plus tellement respirer, l’annonce n’aurait pas été plus déstabilisante. Pourtant, les faits sont là : au terme d’un siècle de course à l’ascension sociale, la nouvelle génération rejette d’un bloc ce système si vertical et si illusoirement méritocratique amoureusement édifié par nos pères, les pères de nos pères et leurs pères avant eux.
Un phénomène générationnel
Car oui, il est crucial de le comprendre, ce rejet des positions intermédiaires (ou middle management) est un phénomène éminemment générationnel. Toujours selon cette étude, les représentants des cohortes du dessus (les plus de 29 ans, c’est-à-dire les vieux schnocks) continueraient d’accorder « beaucoup d’importance aux postes de management ».
Et ça s’appelle comment ?
Sans grande surprise, ce phénomène est affublé d’un nom anglais particulièrement imprononçable, le « conscious unbossing ». Après, il est aussi possible de le dire en français, mais ce n’est pas forcément plus simple. Concrètement, vous avez le choix entre « déhiérarchisation consciente », « démanagérisation », « refus volontaire de devenir manager » ou « choix conscient de ne pas accéder à des postes de pouvoir ». A vous de voir.
Au nom du ciel, pourquoi ?
Dans son enquête, le cabinet Robert Walters fait remonter ce phénomène à la pandémie, qui aurait été l’occasion d’une remise en cause du modèle dominant et, plus spécifiquement, des normes propres au monde de l’entreprise. Dans les grandes lignes, les personnes interrogées dans le cadre de cette enquête estiment que les bénéfices associés à ce type de postes (salaire, pouvoir, reconnaissance sociale) sont insignifiants au regard des inconvénients qu’ils supposent : surcroît de stress, charge mentale, sacrifices en tout genre. Initiés au développement personnel au cours des deux confinements successifs, ces jeunes écervelés privilégient désormais l’épanouissement à l’ascension professionnelle. Avec pour conséquence un rejet de ces positions — pourtant si enviables — entre le marteau et l’enclume.
Des cadres à gogo.
En refusant d’éventuelles promotions, ces jeunes inconscients mettent en péril tout le système de gratification des entreprises. Vous l’aurez sans doute remarqué : depuis une trentaine d’années environ, on assiste à une multiplication spectaculaire des postes de cadres intermédiaires (qui représenteraient désormais 8,7% des actifs en Suisse).
Interrogé par la SRF, l’expert en ressources humaines Matthias Möilleney expliquait que cette « inflation des titres » était le reflet d’une pratique — endémique dans les entreprises — qui consiste à remplacer d’éventuelles augmentations de salaire par l’octroi de promotions ronflantes.
Une opération gagnante pour l’entreprise qui, au lieu de revaloriser le salaire de l’employé méritant, se contente de commander pour lui une plaque en alu façon boîte aux lettres sur laquelle figurent en lettres scintillantes des mots inventés tout exprès pour l’occasion (« chief officer of process manager » ou « manager of chief process officer », pour ne citer que ces exemples).
Bref : tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Aujourd’hui, l’échelle sociale existe toujours, elle n’a même jamais compté autant d’échelons, mais personne ne cherche plus à la gravir.
N’en plus pouvoir.
Plus révoltant encore, la remise en cause par cette génération du pouvoir en place. D’après une autre étude (Terra Nova), seuls 40% des 18-29 ans accepteraient encore les décisions de leur hiérarchie « par principe » et 43% n’exécutent des consignes qu’à condition que celles-ci soient jugées « compréhensibles ou rationnelles ». Mais où va-t-on, on vous le demande !
Vers un nouveau paradigme.
En dépit de toutes ces informations hautement alarmantes, l’enquête de Robert Walters ne présage pas un effondrement de notre beau système hiérarchique, mais un possible changement de paradigme. Talonnées par les exigences des 18-29 ans, les entreprises se verraient contraintes de développer des fonctionnements plus horizontaux, ménageant davantage de place à « l’écoute et à l’humilité ».
On se gausse.
Plus fantasque encore, cette génération aspire à ce que les processus de promotion reposent sur des valeurs telles que la compétence et la légitimité. Des cadres compétents ? L’idée est effectivement disruptive. Et comme ces gens-là sont des terroristes, ils n’hésiteront pas, pour imposer leur agenda, à recourir à une arme de destruction massive : le « conscious quitting ».
Cet autre néologisme désigne le fait de quitter un emploi au seul motif d’une inadéquation entre les valeurs du salarié et celles de l’entreprise. Vous l’aurez compris, l’heure est grave. Il est de notre responsabilité à nous autres, vieux schnocks, d’empêcher que le pire ne se produise. Nous ne nous rendrons pas responsables, par notre inaction coupable, de la transformation de l’entreprise en un vulgaire lieu d’épanouissement et de bien-être.
Severine André. Vigousse 11 avril 2025.
Le management est la maladie de la fin du XXᵉ siècle.
Au lieu de payer correctement les techniciens, les entreprises ont créé des postes de managers chargés de les surveiller, les encadrer.
Des postes souvent inutiles et parfois même néfastes.
Cela a augmenté le nombre de cadres, cette invention française absurde, issue des idées des hauts fonctionnaires suggérant que les français sont incapables de se diriger.
Une des causes du déclin occidental, car cela a grevé les coûts et ralentis la chaîne de décisions.