Droite extrême et dictature

C’est avec peu de scrupules pour les considérations budgétaires, les inquiétudes de l’opposition et les réticences du chef de l’État, garant de la Constitution, que Giorgia Meloni vient d’adopter son projet phare en matière de sécurité. Vendredi, la présidente du Conseil des ministres a promulgué un décret-loi, avec application immédiate, comprenant toute une série de mesures : du renforcement de la protection juridique des policiers à la création de nouveaux délits. Le texte doit être confirmé par le Parlement dans les soixante jours.

Le texte est toutefois plus « modéré » que le souhaitait initialement la coalition gouvernementale ultraconservatrice, dominée par l’extrême droite. Sous l’influence du président de la République italienne, Sergio Mattarella, certaines des mesures les plus controversées ont été retirées ou amoindries, en raison de leur incompatibilité avec la Constitution.
L’incarcération des femmes enceintes ou mères d’enfants en bas âge n’est plus à l’ordre du jour, de même que l’obligation pour toutes les entités publiques de collaborer avec les services de sécurité, selon le quotidien italien La Repubblica.

La charge n’en reste pas moins lourde. Le décret prévoit ainsi le droit de continuer à travailler pour les policiers poursuivis dans des affaires de violences dans le cadre de leur service. Ils pourront également bénéficier d’une aide financière de l’État de 10 000 euros pour leurs frais de défense.
Depuis l’arrivée de Giorgia Meloni au pouvoir en 2022, des épisodes de violences policières ont heurté l’opinion publique italienne.
En février 2024, Sergio Mattarella lui-même avait rappelé à l’ordre l’exécutif après de violentes charges policières contre des rassemblements étudiants en soutien à la Palestine.
Dans cette même volonté de durcissement du gouvernement, les menaces ou violences commises contre des membres des forces de l’ordre seront désormais considérées comme des circonstances aggravantes et ces derniers pourront être munis de caméras mobiles au cours de leurs interventions.

La rhétorique illibérale de Salvini

Les militants écologistes se trouvent par ailleurs dans le viseur du décret-loi de Meloni. L’occupation d’une route lors d’une manifestation, qui n’était alors qu’une infraction administrative, serait dorénavant un délit puni d’une amende de 300 € et d’une peine d’emprisonnement comprise entre 6 mois et deux ans si l’infraction a été commise en groupe.

Si le tour de vis sécuritaire est bien réel, l’allègement du texte par le président a particulièrement agacé la Ligue de Matteo Salvini. Le parti partenaire de la coalition Meloni a mené une surenchère depuis le retour de Trump et emploie la même rhétorique illibérale que le locataire de la Maison Blanche.


Kévin Nectoux. Dauphiné 06/04/2025


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