Bilan 84.

Une journée comptablement exceptionnelle.

Lorsque l’on ajoute une bougie à son gâteau, de nombreux souvenirs émergent. On se souvient de ses parents, de son enfance et adolescence, ainsi que des moments passés avec sa partenaire, ses enfants et petits-enfants.

Merci de m’avoir donné la vie. Marquée par une éducation laissée à une institution municipale où l’endoctrinement prévalait, je garde de mauvais souvenirs de l’enfance et adolescence. En dehors de la maison, je portais la responsabilité de mon frère, plus jeune de cinq ans, ayant des intérêts différents. Entre 1946 et 1955, les enfants jouaient librement dans les rues de la ville, la garde de mon frere rendant impossible les jeux avec ceux avec qui j’aurais pu être copain, voir ami.

Fort heureusement, j’ai pu compter sur une grand-mère, pleine d’attention à mon égard, certes pas exempte de reproches vis-à-vis de sa belle-fille, ni envers mon frère qu’elle négligea, mais qui sut m’apporter tendresse, félicitations et reconnaissance au cours de ma jeunesse.

Des parents qui se côtoyaient, mais souvent s’ignoraient.

Une génitrice, privée dès sa tendre enfance d’amour et piégée dans un cadre familial chaotique, ballottée d’une belle-mère à une autre, se perdant dans des institutions religieuses. Après son mariage, alors qu’elle souhaitait s’épanouir, se cultiver, elle restera l’ombre de la fratrie, réduite à des tâches ménagères — nettoyage, cuisine, couture — tandis qu’un époux absent et intellectuellement dominateur exerçait et exercera de tout son vivant son contrôle, lui octroyant chichement des moyens vitaux pour la nourriture et les vêtements. Cette mère, n’a connu aucune tendresse, ignorant tout câlin, pas plus que la joie de célébrer un anniversaire ou simplement de donner de la chaleur humaine. Une mère longtemps attendue le soir au coucher, qui aurait pu raconter des histoires dans cette chambre glaciale où les vitres étoilées de givre témoignaient d’un hiver implacable.

Un père lettré, peintre et professeur de dessin, que nous croisions de temps à autre dans notre appartement de banlieue. Il rentrait tard le soir, occupé par de nombreux devoirs, y compris les week-ends et les vacances scolaires, prétextant être le seul soutien financier d’une femme au foyer et de deux enfants. Un doute planait sur ses absences pour des travaux supplémentaires ; on apprendra bien plus tard que de nombreuses maîtresses expliquaient souvent ses retours tardifs.
Un père qui n’a jamais montré de tendresse, ne fêtait pas les anniversaires, jugeant ces dépenses inutiles, et était réticent aux fêtes, notamment religieuses, n’admettant que de « saluer » Saint Nicolas. Le Nouvel An se déroulait rituellement chez une sœur de ma grand-mère, avec un repas amélioré aux discussions politiques très animées, laissant peu de place aux enfants que nous étions.

En ce jour anniversaire, mes pensées, tout mon amour, vont d’abord à ma famille, femme, enfants, petits-enfants et arrière-petit-enfant. Je vous aime tous, je ne vous l’ai jamais assez dit. Remerciements anticipés pour les marques de sympathie qui parviendront de vrais amis, de connaissances avec lesquelles il est possible d’échanger, de partager sans jamais s’embrouiller. Je n’oublie pas le corps médical qui me permet de vivre physiquement et intellectuellement.

C’est la réalité, entre avril 2024 et avril 2025, tant d’analyses, de séjours hospitaliers, de diagnostics troublants rendaient parfois des jours plus tristounets que d’autres. Mais, chaque jour, nous reste la possibilité de caracoler après fleurs et papillons en ce printemps 2025 avec un ciel enfin teinté de bleu et même si quelques ondées versatiles s’attardent, voilà l’amorce du temps d’été, des journées plus longues, des tenues estivales ; un temps régénérant pour le moral et la santé. De quoi remplir les journées, constituer de nouveaux souvenirs. Une vie, quoi !

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Le Temps Qui Reste

Combien de temps…
Combien de temps encore
Des années, des jours, des heures, combien ?
Quand j’y pense, mon cœur bat si fort.
Mon pays, c’est la vie.
Combien de temps encore
Combien ?

Je l’aime tant, le temps qui reste…
Je veux rire, courir, pleurer, parler,
Et voir, et croire et boire, danser,
Crier, manger, nager, bondir, désobéir
J’ai pas fini, j’ai pas fini
Voler, chanter, partir, repartir souffrir, aimer
Je l’aime tant le temps qui reste

Je n’sais plus où je suis né, ni quand !
Je sais qu’il n’y a pas longtemps
Que mon pays, c’est la vie.
Je sais aussi que mon père disait
« Le temps, c’est comme ton pain,
Garde s’en pour demain »

J’ai encore du pain, encore du temps. Mais combien ?
Je veux jouer encore, je veux rire des montagnes de rire,
Je veux pleurer des torrents de larmes,
Je veux boire des bateaux entiers de vins de Bordeaux et d’Italie,
Et danser, crier, voler, nager dans tous les océans.
Je n’ai pas fini, je n’ai pas fini !
Je veux chanter, je veux parler jusqu’à la fin de ma voix.
Je l’aime tant le temps qui reste.

Combien de temps, combien de temps encore ?
Des années, des jours, des heures, combien ?
Je veux les histoires des voyages,
J’ai tant de gens à voir, tant d’images,
Des enfants, des femmes, des grands hommes,
Des petits hommes, des marrants, des tristes,
Des très intelligents, et des cons.
C’est drôle les cons ! ça repose.
C’est comme le feuillage au milieu des roses.

Combien de temps, combien de temps encore ?
Des années, des jours, des heures, combien ?
Je m’en fou mon amour.
Quand l’orchestre s’arrêtera je danserai encore.
Quand les avions ne voleront plus, je volerai tout seul.
Quand le temps s’arrêtera… je t’aimerai encore.
Je n’sais pas où, je n’sais pas comment, mais je t’aimerai encore.
D’accord ?


Texte de JL. Dabadie – Lu admirablement par Serge Regiani


Bien à vous tous. MC


10 réflexions sur “Bilan 84.

  1. bernarddominik 13/04/2025 / 9h05

    Heureux anniversaire Michel, ce qui compte c’est ce qu’on construit avec sa compagne ses enfants petits enfants et parfois arrières petits enfants. La génération pré baby boom est celle qui a connu les privations de la guerre de 39-45 le rationnement, les enfants étaient souvent des accidents et donc vus plus comme des problèmes qu’un cadeau de la vie. Mais c’était aussi le temps de la liberté où on jouait dans la rue sans danger, avec ce qu’on trouvait. Je te souhaites la santé et ce bonheur de voir la vie s’épanouir autour de soi.

    • Libres jugements 13/04/2025 / 15h14

      Merci Bernard pour cette analyse d’un temps que l’on souhaiterait révolu, mais un temps bien menaçant ces dernières années.
      Amitiés. Michel

  2. marie des vignes 13/04/2025 / 11h38

    Bonjour Michel, merci pour ce beau partage de ta vie, c’est pas terrible ta santé, mais en veillissant cela devient « normal » d’avoir différents maux, des maladies, alors on lutte entre courage et résignation. Bon Anniversaire Amicalement MTH

    • Libres jugements 14/04/2025 / 0h52

      Bonjour Marie, j’ai ecris hier après-midi tout un texte de remerciement pour ton commentaire qui ma tres touché… helas je ne sais pourquoi il n’apparaît pas sur ce blog.
      Amitiés. Michel

  3. raannemari 13/04/2025 / 18h41

    Bon anniversaire.

  4. rblaplume 14/04/2025 / 18h16

    Bon anniversaire, Michel, en ce printemps tantôt ensoleillé tantôt pluvieux.
    Mais le compagnonage, dans cette vie pleine de surprises , avec nos compagnes, nos enfants, petits enfants , ami(e)s parfois de belles rencntres sont autant de fleurs et étoiles illuminant notre passé, notre présent et notre futur.
    RBLAPLUME

    • Libres jugements 15/04/2025 / 10h52

      Impardonnable. Je ne t’ai pas remercié Robert pour ce sympathique commentaire. Portez vous bien. Michel

  5. Danielle ROLLAT TATCHOU 92 14/04/2025 / 21h32

    Bon anniversaire, très Cher Michel. Bises fraternelles et affectueuses à vous 2, bel été, bonne santé, belles photos.

    • Libres jugements 15/04/2025 / 14h11

      Bonjour Danielle certes une réponse un peu tardive, mais je tiens à te remercier pour tes passages sur ce blog et tes avis toujours d’une justesse évidente.
      Avec toute mon amitié. Michel

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