- Quel rôle joue le canal dans la stratégie maritime des États-Unis ?
- Assiste-t-on à une reconfiguration du contrôle des infrastructures stratégiques du canal, et la rivalité sino-américaine en façonne-t-elle l’avenir ?
- Pourquoi le canal de Panama est-il une infrastructure importante de l’économie mondiale et en quoi revêt-il une importance stratégique majeure pour les États-Unis ?
Le canal de Panama est essentiel au commerce maritime, reliant les océans Atlantique et Pacifique et évitant un long détour par le cap Horn. Environ 5 à 6 % du commerce maritime mondial l’utilise, et il est particulièrement important pour les États-Unis, qui l’ont construit et géré jusqu’en 1999, lorsqu’il a été restitué au Panama. Actuellement, il est administré par l’Autorité du canal de Panama, et sa souveraineté est protégée par la constitution panaméenne.
Les États-Unis considèrent le canal de Panama comme essentiel pour leur pouvoir en Amérique latine et leur économie, car il gère plus de 70 % des marchandises des ports américains et facilite le passage de la marine américaine entre l’Atlantique et le Pacifique. Ils surveillent son contrôle pour assurer la libre circulation des marchandises et éviter les ingérences étrangères.
Donald Trump a affirmé à plusieurs reprises vouloir « reprendre » le contrôle du canal de Panama. Que faut-il comprendre de ces déclarations et quels effets ont-elles eus ?
Fin décembre 2024 et début janvier 2025, Donald Trump a exprimé son intention de reprendre le contrôle du canal de Panama, critiquant les frais des navires américains et l’influence de la Chine, notamment via CK Hutchison Holdings. Lors de son investiture, il a qualifié la restitution du canal d’« erreur stratégique ». En réponse, le président panaméen José Raúl Mulino a affirmé la souveraineté du Panama sur le canal et a fait part de ses préoccupations aux Nations unies concernant les déclarations de Trump.
La visite de Marco Rubio à Panama City a entraîné des changements importants, tels que le retrait du Panama de la Belt and Road Initiative et l’annulation de la concession de CK Hutchison Holdings, diminuant ainsi l’influence chinoise au profit des États-Unis.
Ces décisions mettent en lumière la vulnérabilité du Panama face aux influences des grandes puissances, notamment les États-Unis, dont l’impact sur sa souveraineté est souligné par l’économie dollarisée, l’absence d’armée et la dépendance commerciale.
Le canal se retrouve-t-il ainsi au cœur des tensions entre les États-Unis et la Chine ? Comment cette rivalité s’exprime-t-elle ?
Le canal est un espace de rivalité entre les États-Unis et la Chine, qui a accru son influence au Panama après la rétrocession. Depuis 2017, suite à la fin des relations diplomatiques avec Taïwan, les investissements chinois dans les infrastructures portuaires ont augmenté, tandis que Washington a intensifié ses efforts pour contrer ces projets. Malgré les actions du Panama en faveur des États-Unis, la Chine reste un acteur clé, étant le deuxième utilisateur du canal et un investisseur majeur.
Le rachat par BlackRock des parts de CK Hutchison dans les ports de Balboa et Cristóbal souligne la rivalité entre les États-Unis et la Chine, renforçant l’influence américaine sur le canal de Panama. Cette transaction de 22,8 milliards de dollars, qualifiée par Donald Trump de « reconquête », a été nuancée par le gouvernement panaméen, qui a assuré qu’elle ne menaçait pas sa souveraineté. Le Panama doit jongler entre les pressions américaines et ses relations avec la Chine.
L’acquisition des ports par BlackRock et l’investissement de 20 milliards de dollars aux États-Unis par CMA CGM visent à renforcer la flotte sous pavillon états-unien et à moderniser les infrastructures portuaires, s’inscrivant dans une stratégie de Washington pour contrer l’influence croissante de Pékin sur le commerce international.
Cette initiative découle d’une annonce de l’administration Trump sur des taxes de 1,5 million de dollars pour les navires construits en Chine, poussant CMA CGM à renforcer sa présence aux États-Unis pour se conformer aux réglementations et diminuer sa dépendance aux chantiers navals chinois.
Synthèse d’un article de Romane Lucq. Analyste en stratégie internationale spécialisée sur les enjeux maritimes. IRIS. Source article original