… erreure strategique ?
C’est ce qui s’appelle ne pas prendre la mesure de l’Histoire. En marge, d’une déambulation au salon de l’agriculture ce samedi 1ᵉʳ mars, Marine Le Pen a été interrogée sur la séance d’humiliation de Donald Trump et J.D Vance, contre Volodymyr Zelensky, survenue la veille dans le bureau ovale, devant les caméras du monde entier. Or, alors que toutes les chancelleries européennes se sont immédiatement précipitées au chevet du président ukrainien avec des messages de soutien, celle qui aspire à poser ses valises à l’Élysée a estimé
« Que des dirigeants de nations puissent se parler avec passion, qu’il puisse y avoir des frictions, qu’il puisse y avoir des mots durs, après tout, c’est assez normal », a affirmé Marine Le Pen, tout en reconnaissant que la publicité de ces échanges a « pu entraîner une émotion légitime ».
Pas un mot de soutien en revanche à l’égard de Volodymyr Zelensky. Un silence qui lui a été immédiatement reproché par le reste de la classe politique.
Et alors que Marine Le Pen pointait les souffrances du peuple ukrainien lors des trois dernières années de guerre, elle a simplement évoqué « un chemin difficile » pour « construire la paix ». « Ce serait dommage de considérer que parce que ce moment est difficile, il rompt tout espoir d’arriver à une paix que beaucoup attendent et serait la meilleure nouvelle », a-t-elle ajouté sans jamais faire référence à la méthode ni à la Russie. Une habitude ou presque.
De quoi s’attirer les railleries de plusieurs macronistes. « “La paix, c’est difficile”, c’est le nouveau “La guerre c’est pas bien”. Merci beaucoup pour cette prise de position et cette analyse puissante Marine Le Pen. Tout de suite on se sent rassuré », a ironisé le député Pierre Cazeneuve. L’ancienne ministre Nadia Hai a ajouté : « Oui oui, on a bien compris que “c’est difficile”. Et après ? Avec ça, on ne peut prétendre à diriger une des plus grandes puissances du monde ».
Cette pluie de critiques et la réponse jugée plutôt légère de Marine Le Pen sur « la paix » illustrent à nouveau l’embarras du Rassemblement national sur la question ukrainienne, et sur sa difficile stratégie de « normalisation » contre les accusations pro-russes.
À la base du soupçon, il y a les deux prêts russes d’une dizaine de millions d’euros accordés à la formation de Marine Le Pen en 2014, mais aussi les votes des eurodéputés RN qui en 2022 s’étaient prononcés contre un paquet d’aides à l’Ukraine, ou encore la présence dans ses rangs de personnalités comme Thierry Mariani et ses prises de position régulièrement alignées sur le Kremlin.
Des cadres du parti d’extrême droite ont beau défendre continuellement un changement de logiciel en la matière- « Il y a eu une naïveté collective à l’égard des intentions et des ambitions de Vladimir Poutine », avait admis Jordan Bardella dans l’Opinion en 2023 quitte à se faire recadrer par sa mentor – Moscou ne semble pas vouloir larguer les amarres non plus. Pis, la même année un rapport parlementaire, pourtant à l’initiative du RN, sur les ingérences étrangères, avait conclu que le mouvement « entretient bien des liens privilégiés avec le Kremlin ».
Lucie Oriol. Le HuffPost. Source (extraits, Lecture libre)