Arabie saoudite a appelé dimanche la communauté internationale à lever les sanctions contre la Syrie à l’issue d’une réunion, à Riyad, des chefs de la diplomatie européens et du Moyen-Orient sur l’avenir du pays.
Le royaume saoudien veut jouer un rôle important dans la reconstruction de la Syrie, même si le pays avait été l’un des premiers à rétablir ses relations diplomatiques avec le régime de Bachar al-Assad et à faciliter son retour au sein de la Ligue arabe.
Les pays occidentaux qui avaient maintenu l’isolement diplomatique du « boucher de Damas » sont plus prudents. Ils estiment que la levée des sanctions ne pourra être que progressive et conditionnée à des gestes notamment en matière d’inclusion des femmes et des minorités religieuses.
La France au premier plan des sanctions
La France suit cette question de près, car elle était à l’origine, avec le Royaume-Uni, des sanctions prises en 2013 par le Conseil de sécurité de l’ONU contre Ahmad Al-Chareh, le nouvel homme fort de la Syrie, qui dirigeait alors le Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al Qaïda, avant que le mouvement rebelle devenu le Hayat Tahrir al-Cham (HTC) décide de rompre avec le djihad global.
Même si la plupart des observateurs reconnaissent une forme de légitimité à Ahmad Al-Chareh qui a mis fin à des décennies de dictature sanglante, le gouvernement de transition sera jugé sur ses actes. Des signes inquiétants sont apparus, comme des attaques de débits de boissons, des violations des droits des femmes ou la réécriture des programmes scolaires.
La chute de Bachar al-Assad a suscité beaucoup d’espoirs et au moins autant d’inquiétudes en raison du passé djihadiste des nouveaux maîtres du pays. Ces derniers ont la lourde tâche de devoir répondre aux idéaux de la révolution de 2011 qui a été écrasée dans le sang. Après les horreurs commises par l’ancien régime, la réconciliation passera probablement par une nécessaire justice restauratrice qui sera compliquée à mettre en place.
L’avenir incertain des Kurdes, geôliers des djihadistes
L’une des questions sensibles porte sur le sort qui sera réservé à la minorité kurde, car elle touche à la sécurité de la France en particulier. Les pays occidentaux vont demander à Ahmad Al-Chareh des gages sur la protection de leurs alliés kurdes qui les ont aidés à vaincre l’État islamique et qui détiennent actuellement des dizaines de milliers de djihadistes dans leurs prisons du nord-est de la Syrie, dont des Français.
Les Kurdes sont sous la menace de la guerre que leur a déclaré la Turquie, principal soutien des islamistes du HTC qui ont pris le pouvoir à Damas. Ahmad Al-Chareh, qui semble beaucoup s’inspirer du modèle de la Turquie d’Erdogan, a déjà donné des signes positifs en intervenant auprès d’Ankara pour empêcher une offensive qui mettrait en danger les prisons kurdes.
Les pays occidentaux craignent aussi le risque d’une Syrie fragmentée et occupée à cause des intérêts de ses puissants voisins que sont la Turquie et Israël. Ahmad Al-Chareh devra également trancher l’avenir des bases russes qui sont vues comme des facteurs de déstabilisation au Proche-Orient et en Méditerranée.
Luc Chaillot. Le Dauphiné Libéré. 13/01/2025