Caricatures, ma non troppo !

Aurel, dessinateur au « Canard enchaîné », décrit le lent déclin de sa profession, qu’il attribue aux difficultés économiques de la presse, à une instrumentalisation de « l’esprit Charlie », mais aussi à une société devenue plus « chafouine » sur les sujets traditionnels de l’humour politique.

« Pour un dessinateur de presse, la première difficulté, c’est d’abord d’être publié et payé correctement. » Dix ans après l’attaque terroriste qui a décimé la rédaction de Charlie Hebdo, l’engouement post-attentat pour le dessin de presse a fait long feu, regrette le dessinateur de presse Aurel. L’intérêt soudain et le soutien massif qui ont fugacement porté la profession se sont heurtés au marasme de la presse écrite.

Pour Aurel, ceux et celles qui ont accaparé la mémoire de Charb, Cabu et les autres l’ont fait pour régler des comptes avec leurs adversaires politiques et servir leurs ambitions personnelles, et ont laissé le dessin de presse sur le bas-côté, livré de nouveau à sa vulnérabilité. « Dès le lendemain de l’attentat contre Charlie, j’ai compris qu’on allait être récupéré·es, utilisé·es, noyé·es dans les larmes de crocodiles de gens qui ne font rien pour que notre métier continue d’exister », écrit le dessinateur dans son album. 

Le jour de l’attentat, le dessinateur se liquéfie en apprenant l’assassinat de ses frères de crayon. Plusieurs semaines après le drame, il continue à porter fièrement un badge « Je suis Charlie », en dépit de ses désaccords avec la rédaction du journal satirique. Car « être Charlie » dépasse les petites querelles politiques et revêt à ses yeux une dimension principielle : « Pouvoir dire et dessiner ce qu’on veut dans la limite de la loi », sans risquer d’être assassiné.

Aurel s’agace des débats qui tournent en rond, réduisent la liberté d’expression des dessinateurs et dessinatrices à la question religieuse, comme si le risque de censure résidait là seulement. « Des confrères ont été assassinés à cause de dessins sur le thème religieux. Mais ce n’est pas pour ça que ça doit devenir l’alpha et l’oméga de notre liberté d’expression », prévient-il dans un entretien à Mediapart.

Pour lui, la mainmise des ultrariches sur les espaces d’expression libre que sont la presse et les réseaux sociaux constitue aujourd’hui la plus forte menace antidémocratique.

L’autre mâchoire de l’étau est incarnée par ce que le caricaturiste nomme pudiquement une « société plus chafouine », autrement dit plus sensible aux discriminations et aux oppressions sociales, et au sens de l’humour renouvelé. Un changement de mentalité qu’Aurel ne déplore nullement, mais qui rend l’exercice de la caricature forcément plus périlleux.  

Pour Aurel, le salut du dessin de presse, qui exprime souvent ce que le journaliste ne peut écrire, passera sans doute par un retour à son impertinence, en particulier vis-à-vis de toutes les formes de pouvoir et de domination. « Un bon dessin n’est jamais du côté du manche », martèle l’auteur.


Yunnes Abzouz. Médiapart (courts extraits) source  


Une réflexion sur “Caricatures, ma non troppo !

  1. bernarddominik 14/01/2025 / 9h19

    C’est sur que sur les journaux de Bolloré caricaturer le pape n’est pas permis.

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