Libérer Boualem Sansal

L’écrivain algérien, qui a obtenu cette année la nationalité française, a été arrêté le 16 novembre à l’aéroport d’Alger, en provenance de France, selon l’agence de presse publique algérienne. Son téléphone est éteint et il n’a plus donné de nouvelles à ses proches depuis son arrivée à Alger. En début de semaine, son avocat français, Me François Zimeray, déclarait n’avoir « aucune nouvelle précise » sur son état ou ses conditions de détention.
Quant aux raisons de son arrestation, les imprécations de l’agence de presse algérienne qui visent la « France macronitosioniste » donnent quelques pistes : « Macron prend la défense d’un négationniste, qui remet en cause l’existence, l’indépendance, l’histoire, la souveraineté et les frontières de l’Algérie !»
A vrai dire, si l’on est inquiet pour cet homme âgé de 75 ans,on n’est guère surpris. Depuis un certain temps, les allers-retours entre la France et l’Algérie de cet esprit libre qui projetait, comme le prix Goncourt 2024, Kamel Daoud, de s’installer en France, inquiétaient ses amis.
D’abord parce que, comme le dénoncent si courageusement les deux écrivains, le régime du président Tebboune s’est incroyablement durci : le ministre de l’Intérieur peut désormais désigner une personne comme terroriste sans condamnation préalable ; l’armée est devenue la clé de voûte des institutions ; et le régime, fort de sa rente pétrolière, manie tour à tour le clientélisme et la violence contre un peuple humilié.
Ensuite, parce que Sansal, ce Voltaire algérien qui n’a cessé d’alerter sur les dangers mortels de l’islamisme – établissant comme Daoud un parallèle entre l’Algérie des années noires et la France d’aujourd’hui – était désigné comme « ennemi de l’Algérie ». Enfin, parce que le régime algérien et ses affidés rejettent toutes leurs fautes, leurs échecs et leurs bassesses sur la colonisation française. Un crime devenu leur rente, même après que le président Macron l’a eu qualifiée de « crime contre l’humanité ».

Et pourtant le régime algérien aurait sans doute pu continuer à s’accommoder de toutes les déclarations de Boualem Sansal. Sauf une.
Il a déclaré au média français d’extrême droite « Frontières » : « Quand la France a colonisé l’Algérie, toute la partie ouest de l’Algérie faisait partie du Maroc : Tlemcen, Oran et même jusqu’à Mascara. »
 
Cette fois, l’esprit libre a franchi la ligne rouge absolue. Il endosse la version marocaine d’un royaume amputé par la France coloniale du XIXe siècle d’une partie de ses territoires au bénéfice de ce qui devait devenir l’Algérie des décennies plus tard…
Ces déclarations pourraient lui valoir des accusations d’« atteinte à l’intégrité nationale », comme le stipule le Code pénal algérien, et de lourdes sanctions au moment où les tensions sont à leur comble entre la France et l’Algérie, depuis que Paris s’est aligné en juillet sur les thèses marocaines portant sur le plan d’autonomie pour le Sahara occidental. Où se situaient les frontières entre l’Algérie et le Maroc ?
Ont-elles été déterminées par Abdelkader ou par les Français ? Ce débat est important. Mais pour l’avoir, n’en déplaise à ceux qui l’accusent déjà de révisionnisme et d’exagération, il est urgent d’attendre que le grand écrivain Boualem Sansal soit libéré par le régime algérien.


Sara Daniel. Nl Obs. N° 3140. 28/11/2024


2 réflexions sur “Libérer Boualem Sansal

  1. bernarddominik 06/12/2024 / 16h30

    Oui Boualem Sansal a franchi la ligne rouge. La faveur macronienne dont il jouit ne le sauvera pas de la justice algérienne

  2. rezkidjamel 07/12/2024 / 12h54

    Il est bien à sa place

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