L’IA, à la parole « Cinoche »

C’est un scénario de science-fiction classique, l’histoire de machines a priori soumises à nos désirs, mais qui, à force de perfectionnement, finissent par causer notre perte. Depuis l’apparition de ChatGPT, fin 2022, l’intelligence artificielle (IA) générative ne cesse de préoccuper le monde de la culture.

L’an passé, une grève massive des scénaristes et des acteurs américains, soucieux, entre autres, de sa place dans l’industrie, a bloqué Hollywood pendant près de cinq mois. Le 4 décembre 2024, une étude commandée par la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs (Cisac), qui représente six millions de créateurs dans le monde, posait des chiffres sur cette inquiétude.

Selon elle, l’utilisation de l’IA va causer des baisses de revenus de l’ordre de 21 % pour les créateurs de l’audiovisuel, et jusqu’à 56% pour les sous-titreurs et comédiens de doublage.

La veille, les auteurs de fiction s’émouvaient, dans un communiqué initié par la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), de la diffusion prochaine sur la plateforme Arte.tv de Prompt, une série de minifi ctions créées en utilisant ChatGPT, Midjourney et autres programmes informatiques.

 Oubliant au passage l’intention première de ses auteurs, tirer de textes et d’images générées par l’IA une oeuvre absurde, poétique et volontiers parodique. Derrière cette réaction si… prompte, et ces multiples alarmes, une question de plus en plus pressante se pose : comment faire en sorte que l’intelligence artificielle reste un outil au service de la création et ne devienne pas la cause de sa paupérisation ?

À la mi-novembre, Open-AI, la start-up à l’origine de ChatGPT, ouvrait ses bureaux parisiens. Une installation chaleureusement saluée par un message d’Emmanuel Macron… via ChatGPT. Et un signe de plus de l’urgence à encadrer cette technologie par des accords entre syndicats et diffuseurs, et par des textes législatifs au niveau national et européen


Pierre Langlais. Télérama n° 3909. 11/12/2024


Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.